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«Beijing +5 : Rapport de Charlotte Thibault», Charlotte THIBAULT, Montréal, 1999.

Beijing +5 : Rapport de Charlotte Thibault

La 43e session de la Commission du statut de la femme des Nations-Unies a eu lieu durant les trois permières semaines de mars 99. J'ai participé à la deuxième et à la troisième semaine de cette session come repésentante ONG à l'intérieure de la délégation du gouvernement du Canada.

Pendant cette session, la Commission a révisé l'état de mise en place du Plan d'action de Beijing dans le domaine de la santé et des mécanismes institutionaux. Elle a aussi terminé la négociation du protocole optionnel de la Convention sur la dicrimination à l'égard des femmes. Elle a enfin commencé la préparation de Beijing+5 : sujet que j'ai suivi de façon continue.

Beijing+5 est une session spéciale de l'Assemblée générale des Nations-Unies qui aura lieu en juin 2000. Il s'agit d'une nouvelle formule qui remplacerait la tenue d'une conférence mondiale…La dernière semaine de la session et les trois de l'an prochain serviront de rencontres préparatoires à la session de juin 2000.

L'objectif de Beijing+5 est de faire un bilan de l'avancement des travaux du Plan d'action de Beijing, d'encourager sa mise en place et de tracer les orientations pour les cinq ou dix prochaines années.

La délégation

Le choix

Contrairement à d'autres années, le choix s'est fait plus tôt dans l'année. Cet avantage m'a permis de mieux me préparer. Je constate que les trois personnes recommandées par les groupes de femmes ont bien fonctionné, tant avec la délégation qu'avec les ONG.1

La préparation

Je n'en étais pas à ma première expérience onusienne. J'ai participé au Forum des ONG lors de la Conférence de Nairobi en 1985, à la rencontre régionale CEE2 à Vienne en 1994 en préparation de Beijing où j'ai joué un rôle de coordination des ONG, j'ai participé au Prepcom3 de 1995 en jouant un rôle de coordination. J'ai enfin participé au Forum et à la Conférence de Beijing en y jouant toujours un rôle de coordination.

J'ai eu enfin la chance d'assister à la rencontre de février organisée par le nouveau Comité coordonateur pour Beijing + 5 dont je fais partie. Cela m'a remis à jour et permis de rencontrer plusieurs des femmes qui se retrouveraient à New York. Ces contacts nous ont permis de former le début d'une équipe de travail.

La participation

Mon expérience me démontre qu'il est important que nous soyons continuellement deux ONG actives et efficaces à l'intérieur de la délégation parce que le travail ne manque pas. Il faut assister à des négociations confidentielles, participer aux activités des ONG pour les tenir au courant et se tenir au courant, sans compter les réceptions où l'on peut faire des contacts intéressants.

J'ai grandement apprécié l'accueil et les efforts d'intégration qu'on fait l'ensemble de la délégation. À tous les briefings du matin, on tenait compte de l'apport que je pouvais faire et je crois avoir été utile à plusieurs reprises.

Une de mes découvertes a été de pouvoir assister aux réunions de JUZCANZ4 ;découvrir comment se font les négociations à ce niveau, "l'informalité formelle" du processus de négociation et le travail de consensus. Je crois que ces courtes incursions vont me permettre de mieux faire comprendre aux autres l'importance, la force et la fragilité de ce travail.

J'ai beaucoup apprécié les explications que les négociatrices m'ont données, je les ai trouvées plus ouvertes et prêtes à expliquer les dossiers et prendre nos suggestions qu'il y a quelques années. Je crois qu'une certaine maturité s'est développée de part et d'autres quant à la compréhension de nos rôles respectifs, de l'aide que nous pouvons nous apporter et de ses limites.

Les rencontres quotidiennes de la délégation avec les ONG canadiens ont été utiles. Les documents étaient plus accessibles et en plus grande quantité et dans certains cas, nous les avons reçus avant tous les autres ONG…

La rencontre CEE

Une rencontre de la CEE devrait avoir lieu fin novembre ou début décembre 1999 à Genève. Les thèmes de discussion restent à décider.

Je suis évidemment satisfaite de mes démarches pour faire mettre le Comité coordonateur canadien sur le comité de coordination régional CEE. Le Comité canadien déterminera qui sera déléguée à ce comité d'ici la mi-avril.

Je considère qu'il est très important d'assurer une bonne participation du Canada et de l'Europe de l'Est pour balancer les deux pôles probables soient l'Union européenne et les Etats-Unis. Il faudra donner un soutien à la déléguée canadienne pour s'assurer qu'elle pourra participer pleinement et permettre une meilleure représentation du mouvement des femmes au Canada.

Le comité coordonateur mondial

Ce n'est que vendredi le 19 mars à la dernière heure que s'est décidée la structure du comité de coordination mondial. Il comprendra le CONGO5, 2 délégués de chaque comité régional (pour l'Europe et l'Amérique du Nord : le Lobby européen des femmes et le Comité canadien), des représentantes des réseaux internationaux et des repésentantes des grandes thématiques. Cela fait beaucoup de monde et le Congo a accepté de relancer les groupes pour commencer les consultations début mai. Je n'ai aucune idée à l'heure actuelle qui déterminera les représentantes des réseaux et des sujets de préoccupation et quelle sera le mode de travail de ce comité.

Beijing +5

La négociation

Je n'ai pas assisté personnellement à un travail "intensif" de négociation à huis clos comparable à ce qui s'était vécu pour la Plate-forme d'actions de Beijing. Je n'ai donc pas eu à témoigner de l'avancement des travaux auprès des autres ONG. Les démarches de liens entre la délégation et les ONG ont donc été faites principalement par les équipes de négociations. Les déléguées qui participeront au prepcom de mars 2000 auront un travail beaucoup intenses à faire puisque ce sera le seul temps de véritable négociation et d'interaction avec les ONG sur le texte qui servira de conclusion à Beijing+5.

Le travail avec les caucus

J'ai participé à toutes les réunions du caucus régional CEE. J'ai aidé à réserver les salles, préparer les ordres du jour et j'ai présidé l'une des réunions. J'ai introduit le principe d'une traduction en français de toutes les interventions ce qui fût grandement apprécié par plusieurs. Patricia Flor, la présidente du Bureau6, est venue présenter la logique du texte soumis par DAW et il y a eu plusieurs questions.

J'ai essayé de m'assurer tout le long que l'on fasse place à plus qu'à l'ordre du jour de l'Union européenne7 ; les femmes d'Europe de l'Est et centrale étaient très contentes. Les Américaines étaient peu ou pas présentes, elles semblent encore une fois avoir de la difficulté sur le plan national à se concerter même si elles dominent sur le plan international.

Le groupe a reconnu la place du Canada comme point focal pour l'Amérique du Nord et il s'agit que le Comité coordonateur canadien agisse en conséquence et avec un certain doigté pour que la place nous soit définitivement acquise.

Le briefing du matin avec les ONG était organisé par le CONGO. Je l'ai trouvé plus fade qu'il y a quelques années. Nous ne retrouvions pas la présidence haute en couleur de Bella Abzug de WEDO (l'organsime était presque totalement absent) ou l'orientation politique qu'avait sû donner l'Equipo à Beijing. Il était donc plus difficile de comprendre quelle orientation pouvait prendre le groupe des ONG.

L'aide à la Marche des Femmes

Une trentaine de femmes de plusieurs continents ont participé à l'atelier organisé par la Marche des femmes. Il s'est tenu en français, en anglais et en espagnol. J'ai trouvé très stimulant d'entendre les projets déjà en cours en Afrique et en Europe.

Comme plusieurs autres, j'ai fait des contacts avec des ONG pour aider les organisatrices, les principaux pays que j'ai rejoint, ont été la Grande-Bretagne, l'Allemagne, la Turquie et un regroupement d'Europe Centrale et de l'Est.

À la fin de la troisième semaine, des représentantes de la Marche ont présenté le projet (en français, anglais et espagnol) lors du dernier briefing des ONG.

La question francophone

Des Canadiennes ont organisé quelques rencontres des femmes francophones présentes. Il y a un réel besoin d'une visibilité plus grande du français à l'Organisation des Nations Unies. Les représentantes des ONG ont écrit à Koffi Annan pour se plaindre de l'absence de services français : textes en retard, absence de traduction lors des grandes rencontres d'ONG etc. Le Réseau des groupes de femmes ayant le français en partage compte être plus actif dans la préparation de Beijing+5.

Suites à donner

Les rencontres intersessionnelles

Comme le travail de négociation est peu avancé au niveau des États, il me semble évident que les rencontres intersessionnelles vont jouer un rôle-clé pour faire avancer les travaux. Il est donc important que les ONG canadiens puissent y participer sur place et qu'un travail de concertation soit entrepris entre le gouvernemnt et eux pour influencer le contenu et l'orientation générale du processus.

J'ai de vives inquiétudes quant à la domination des ONG ayant des représentantes dans la région de New York dans ce processus informel de consultation. Nous avons vu les difficultés pour inclureà l'intérieur des textes des ONG pendant cette session les questions reliées à la diversité (orientation sexuelle, race ou questions autochtones entre autres). J'ai des doutes quant à leur capacité de représenter fidèlement la réalité du mouvement des femmes mondial. Je ne crois pas qu'une conférence électronique ou des listes de discussion sur Internet suffiront pour régler le problème de la partcipation.

Le rapport national

Je ne parviens pas à saisir qu'elle sera la participation des ONG canadiens au rapport gouvernemental canadien (questionnaire des Nations-Unies) qui doit être terminé pour le 30 avril 1999.

Il faut s'attendre que les ONG par le biais du Comité coordonateur canadien fasse la rédaction d'un rapport parallèle. Trois préalables sont nécessaires : que le Canada donne une copie le plus rapidement possible des réponses au questionnaire, que le comité reçoive un financement adéquat pour faire une rédaction valable et que la région CEE produise rapidement une grille de rapport national.

La rencontre CEE

La rédaction du rapport parallèle régional sera possible si un nombre suffisant de rapports nationaux sont disponibles. Il y aura sans doute des rapports ou des analyses sous-régionales (EU, Amérique du Nord etc.). Le tout ne sera réalisable que si un financement est acquis rapidement pour permettre cette analyse commune. Ce travail de supervision revient au comité coordonateur régional déjà mis en place.

La participation à la rencontre régionale en novembre ou décembre 1999 à Genève devrait être vue comme un exercice de préparation pour les négociations du prepcom de mars 2000.La CEE est la région qui est la moins influencée par les idéologies fondamentalistes au niveau des États, cela pourrait permettre de faire passer un texte beaucoup plus progressiste. On peut espérer que le comité coordonateur régional pourra s'élargir pour représenter une bonne diversité du mouvement des femmes.

Il faudra que des ONG canadiens puissent couvrir l'ensemble des sujets de préoccupation de la Plate-forme de Beijing en plus des thèmes transversaux et des sujets en émergence. Il est très important que les déléguées ONG choisies pour cette rencontre (à l'intérieur de la délégation officielle) soient prêtes à travailler de concert avec l'équipe d'ONG qui se retrouvera à Genève.

Le Réseau des groupes de femmes ayant le français en partage

Ce Réseau devra être très actif sur le plan régional et sur le plan mondial pour informer et faciliter la participation des francophones aux différentes activités. Il permet aussi de confronter des points de vue d'ONG venant des trois grans blocs d'influence à l'Organisation des Nations Unies. Il faudra donc financer son travail pour permettre une meilleure concertation. Le gouvernement canadien devrait aussi faire les pressions nécessaires pour que le français qui est une des deux langues officielles au Canada et l'une des six à l'Organisation des Nations Unies ait une meilleure place. Il pourrait, entre autres, insister pour que les traductions des textes écrits se fassent plus rapidement. Il trouverait des alliés auprès de nombreux États africains.


1 ONG : organisme non-gouvernemental, ici principalement des groupes de femmes.

2 CEE : Communauté économique européenne qui comprend 54 États dont le Canada et les Etats-Unis, l'Union européenne, les pays d'Europe centrale et de l'Est (l'anciennne Union soviétique), la Turquie et Israël.

3 Prepcom : rencontre préparatoire souvent de quelques semaines avant une conférence mondiale ou une session spéciale de l'Assemblée générale. Elle permet de faire une bonne partie des négociations.

4 JUSCANZ est un regroupement de plusieurs pays qui interviennent conjointement et essaient de prendre des positions communes lors des négociations : Japon, USA, Suisse, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Finlande etc. Les deux autres groupes qui présentent des interventions conjointes sont l'Union européenne et le Groupe des 77 et la Chine qui dans les faits représente plus d'une centaine de pays.

5 CONGO : il s'agit du comité des ONG, souvent internationales, accrédités par l'Organisation des Nations Unies, ils ont souvent des délégués à temps plein (bénévoles ou non) à New York, Vienne et Genève. Des exemples : les Sorptimistes internationales, Zonta, l'Association internationale des femmes diplômées d'université, les Guides etc.

6 Le Bureau est l'exécutif élu à chaque session par les membres votants de la Commission du statut de la femme. Cette année, le Canada a eu un statut d'observateur. Une représentante a été élue pour le Bureau qui voit à l'organisation de Beijng+5.

7 Les déléguées de l'Union Européenne étaient les plus nombreuses et utilisient ce caucus pour se donner des informations sur EU et les positions unanimes que prenaient les États en faisant partie. La dynamique a donc changé avec l'arrivée d'un plus grand nombre de Canadiennes aux rencontres.