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Florence Millerand, «Les TIC et les femmes, bibliographie critique annotée», Relais-Femmes, juillet 1999.
Étude réalisée dans le cadre du projet Internet au féminin
Recherche et rédaction:
Florence Millerand, étudiante en doctorat de communication
à l'Université de Montréal
Comité d'encadrement :
Sharon Hackett - CDEACF
Suzanne La Brie - CIAFT
Céline Martin - Relais-femmes
Claudie Solar - Université de Montréal
Juillet 1999
SOMMAIRE
I. Les TIC et le milieu communautaire (féminin et mixte)
A. Les TIC et le milieu communautaire féminin
a) L'accès, les usages et les projets en matière de TIC dans les groupes de femmes
B. Les TIC et le milieu communautaire mixte
A. Données statistiques et études empiriques
B. Les relations femmes - TIC ou la problématique du genre et de la technologie
C. Le féminisme avec Internet ou cyberféminisme
PRÉSENTATION
Les technologies d'information et de communication (TIC) font l'objet d'une littérature plus qu'abondante, suscitant tour à tour les plus grands espoirs ou les plus grandes craintes, réveillant à la fois les rêves d'idéal démocratique et la peur du contrôle social. L'engouement pour Internet, surtout depuis 1994 (date de la naissance du Web), s'est traduit par une profusion des écrits sur le sujet, notamment en ce qui concerne les incidences de cette "nouvelle" technologie de communication sur la société.
De nombreux secteurs d'activité (des domaines privé ou public) cherchent à tirer partie des opportunités offertes par les TIC. Le milieu communautaire féminin n'est pas en reste, loin de là. Des initiatives ont été prises et de nombreux projets sont en cours. Mais qu'en est-il dans les faits? Les groupes de femmes ont-ils accès aux TIC? S'en servent-ils? Quelles sont les conséquences de l'introduction de ces nouveaux outils? Plus largement, qu'en est-il des relations qu'entretiennent les femmes avec les TIC? Qu'en est-il du mouvement féministe à l'ère des TIC?... C'est à cet ensemble de questions que tente de répondre cette bibliographie annotée sur le thème Les TIC et les femmes.
Avant tout, il est nécessaire de clarifier les termes utilisés. Les technologies d'information et de communication (TIC) dont il est question dans cette bibliographie se réfèrent aux outils et services utilisés pour émettre, recevoir, échanger de l'information et communiquer via les infrastructures des réseaux (informatiques et de télécommunication). Les TIC telles que nous les entendons dans le cadre de cette bibliographie sur le thème des TIC et les femmes font donc essentiellement référence à la technologie Internet, incluant l'ensemble de ses services : le World Wide Web, le courrier électronique, les forums de discussion (aussi appelés "groupes" ou "listes" de discussion) et l'Internet Relay Chat (IRC).
Il est important de souligner que les références retenues ont fait l'objet d'une sélection; la liste présentée n'est donc pas exhaustive. L'objectif consistait à recenser les écrits sur le thème Les TIC et les femmes dans la perspective d'une recherche ultérieure qui aurait pour but de décrire les modalités d'appropriation des TIC par les femmes dans une perspective féministe. Dans cet ordre d'idées, un certain nombre de questions en termes d'accès, d'usages, d'actions et d'enjeux en regard des femmes et Internet ont servi de guide à la constitution de la bibliographie.
Le présent document est composé de deux parties principales : 1. Les TIC et le milieu communautaire (féminin et mixte); et 2. Les TIC et les femmes. La première partie rassemble des documents sur les TIC et le milieu communautaire féminin (essentiellement québécois et canadien), tandis que la deuxième partie regroupe des documents sur les TIC et les femmes en général (incluant une dimension internationale). Ce classement peut paraître artificiel dans la mesure où la première partie pourrait constituer une sous-partie de la deuxième. Cependant, ce choix reflète une attention particulière accordée aux documents portant sur les TIC et le milieu communautaire.
Pour chacune de deux parties, les questions qui ont servi de guide à la recherche sont indiquées en introduction. Dans le souci d'aider le lecteur et la lectrice au repérage des notices bibliographiques, les références retenues ont été regroupées en grandes catégories. Ainsi, les écrits recensés dans la première partie sont classés selon qu'ils réfèrent plus particulièrement au milieu communautaire féminin ou mixte. Ils font, par ailleurs, l'objet d'une sous-division en fonction des thèmes abordés et/ou de la nature des documents. Les notices recensées sur le thème Les TIC et les femmes sont organisées selon les mêmes critères.
Les questions ayant guidé la recherche
Qu'en est-il du milieu communautaire et en particulier des groupes de femmes en regard des TIC?
ACCÈS : Sont-ils branchés à Internet? Existe-t-il des statistiques sur l'état de branchement des groupes de femmes au Québec et au Canada?
USAGES : Quels sont les usages actuels? Existe-t-il des rapports d'évaluation de l'introduction d'Internet au sein des groupes?
ACTIONS & ENJEUX : Quelles sont les initiatives et les actions entreprises en faveur du développement de l'usage des TIC auprès des groupes communautaires féminins (en termes de formation, de recherche, etc.)? Quels en sont les enjeux?
À l'heure actuelle, la documentation sur les TIC et le milieu communautaire est rare. En ce qui concerne précisément le milieu communautaire féminin, les initiatives des groupes de femmes en matière de TIC qui ont fait l'objet de publications écrites sont également peu nombreuses. Peut-être est-il trop tôt pour espérer trouver de tels écrits; il semble en effet que la plupart des projets sont encore au stade de l'élaboration. En revanche, on constate que la création de sites Web et la mise en place de réseaux et de forums de discussion visant le développement de l'usage d'Internet par les femmes se multiplient. Au Québec notamment, plusieurs projets ont émergé récemment : le projet "Internet au féminin" coordonné par le CDEACF, et le projet "Terre à terre dans le cyberespace" de Studio XX.
Dans ce contexte, le repérage des publications sur les TIC et le milieu communautaire féminin en particulier a permis de recenser les documents suivants :
a) Des études empiriques sur l'accès et les usages des groupes de femmes et des comptes rendu d'initiatives en matière de TIC.
Les études empiriques constituent une source précieuse de renseignements sur l'accès et les usages réels des TIC au sein des groupes de femmes (même si ce type de recherche reste malheureusement assez rare), tandis que les publications décrivant les expériences passées, les projets ou les initiatives à venir en matière de TIC viennent témoigner du dynamisme du milieu communautaire féminin.
b) Des documents traitant des enjeux des TIC pour le milieu communautaire féminin.
Les diverses publications sur le sujet tracent les grands enjeux d'Internet pour le milieu communautaire féminin, parmi lesquels : les implications de l'introduction des technologies au sein des groupes, le potentiel des TIC dans une perspective féministe, la question de la langue, les problèmes d'accessibilité, de confidentialité, etc.
c) Des guides sur Internet
La formation à l'utilisation d'Internet semble constituer l'initiative principale des groupes de femmes, en témoignent notamment le grand nombre de guides à l'utilisation d'Internet pour les femmes, tant sur support papier qu'en ligne. Il s'agit généralement de modes d'emplois à l'utilisation d'Internet où sont expliqués : le fonctionnement d'Internet, les différents services, l'utilisation du courrier électronique, la création et la participation à des forums, etc. On trouve également des ressources pertinentes sur Internet : adresses de forums de discussion, de sites Web, etc.
En ce qui concerne le milieu communautaire mixte, quelques projets ont vu le jour ces dernières années. Au Québec, il existe le projet "Communautique" coordonné par l'Institut canadien d'éducation aux adultes (ICEA) et par La puce communautaire. En Ontario, le projet "E-Connections" a vu le jour en 1994, et dans la même veine, un projet d'accès universel pour les canadiens aux services essentiels d'Internet, "Universal Access Projects", a débuté en 1996.
Justine Akman présente dans cet article la mission et les objectifs du Women's Networking and Support Program (WNSP) lancé en 1993 par la Association for Progressive Communications (APC). Le but de ce programme consistait à aider les associations et les groupes féministes à préparer la quatrième conférence mondiale sur la femme qui s'est tenue en 1995 à Beijing, en les incitant notamment à utiliser les outils informatiques et à se connecter à Internet. De cette façon, les associations et groupes participants ont pu utiliser les réseaux de l'APC pour échanger des messages électroniques et pour obtenir des informations relatives à la conférence (renseignements pratiques, actes, etc.).
Plus largement, ce programme a pour but de favoriser l'échange et la circulation des informations ente le Nord et le Sud. Dans cette perspective, des programmes ont été développés en Amérique latine, en Afrique et en Asie, et des réseaux nationaux ont émergés ("WomenzNet" en Australie, "WomensNet" aux États-Unis, "Modem Mujer" au Mexique, et "The Canadian Women's Networking and Support Program" au Canada). Cependant, Justine Akman souligne les écarts entre les "info-riches" (au Nord) et les "info-pauvres" (au Sud), et évoque le rôle que devront jouer les organisations internationales en matière de diffusion de l'information dans la perspective d'une réduction des inégalités d'accès aux infrastructures.
Voir aussi : MOONEY, Susan. 1996. "The APC Women's Networking Support Project, Feminist Collections, vol. 17, n° 2, p. 27
Cette recherche de terrain s'est attachée à l'étude des impacts des NTIC dans les groupes de femmes du Québec. Elle présente des données intéressantes en termes d'accès et d'utilisation d'Internet au sein du milieu communautaire féminin québécois. L'étude a été menée en 1998 dans le cadre du projet "Internet au féminin" coordonné par le Centre de documentation sur l'éducation des adultes et la condition féminine (CDEACF). Une enquête par questionnaire a été conduite auprès de douze groupes de femmes actifs dans le milieu communautaire.
Les résultats de cette enquête ont révélé que les utilisatrices d'Internet étaient minoritaires et que dans les faits, peu de femmes utilisaient réellement Internet. Par ailleurs, au sein des groupes connectés à Internet, l'usage se limitait le plus souvent au courrier électronique.
Plusieurs facteurs ont été identifiés comme étant des obstacles à l'appropriation d'Internet : le manque de ressources matérielles et humaines, les coûts, le manque de formation mais aussi et surtout le manque de temps nécessaire non seulement à l'utilisation mais à l'apprentissage du fonctionnement d'Internet afin d'optimiser les séances d'utilisation. Cependant, l'ensemble des opinions exprimées par les femmes à l'égart d'Internet - qu'elles soient déjà utilisatrices ou non - étaient très favorables à la technologie Internet en général et à la nécessité de relier les groupes de femmes au Québec.
Le rapport conclue sur quelques recommandations parmi lesquelles : la nécessité de surmonter les contraintes économiques, matérielles et techniques comme condition sine qua non de la constitution d'un réseau féminin, et une mise en garde quant au risque d'exclusion des groupes éprouvant des difficultés à se connecter par rapport aux autres.
Cette étude a été réalisée en 1998 auprès de onze organismes dans le cadre du projet "Terre à terre dans le cyberespace" de Studio XX, un projet d'intervention auprès des femmes et des groupes féministes pour leur faciliter l'utilisation des technologies de communication par la sensibilisation et l'échange d'information. L'enquête avait pour but de mieux connaître les besoins des groupes de femmes montréalais en matière de ressources technologiques. Elle visait également à identifier les obstacles à l'utilisation des technologies telles qu'Internet et à faire état des possibilités offertes par le cyberespace.
Une analyse détaillée des groupes à l'étude est présentée dans la première partie du rapport : les modes décisionnels propres à chacun des groupes, leurs principales sources de financement, leurs modes d'organisation mais aussi le rôle de la communication et du "réseautage" dans le milieu communautaire féminin sont explicités. Dans la deuxième partie, l'auteure dresse un tableau des outils informatiques et des technologies de communication présentes au sein des groupes étudiés. On y apprend que si tous sont équipés d'ordinateurs, peu sont branchés à Internet. L'analyse de la faible pénétration d'Internet dans les groupes de femmes fait l'objet de la troisième partie. Enfin, des idées sur les usages variés d'Internet sont proposées dans la dernière partie du rapport.
Sur le plan des équipements, l'inventaire du parc informatique révèle des disparités quant au nombre et à la puissance des ordinateurs : cinq organismes seulement ont récemment acquis des ordinateurs de bonne puissance (c'est-à-dire dont la capacité de stockage –16 Mo de mémoire vive et 500 Mo de mémoire morte au minimum – permet un usage potentiel intéressant), et six organismes possèdent des ordinateurs équipés d'un modem. Sur le plan des usages, le traitement de texte reste l'utilisation première. Au moment de l'enquête, deux organismes seulement étaient équipés d'une connexion à Internet et aucun n'avait mis sur pied un site Web. Leur utilisation se limitait essentiellement à l'utilisation du courrier électronique, et dans une moindre mesure, à la navigation dans le Web.
On retient des conclusions de l'étude que l'aspect financier reste l'obstacle le plus important au raccordement à Internet. Cependant, l'auteure insiste sur le fait que les personnes rencontrées font preuve d'une attitude critique envers Internet, cherchant d'abord à évaluer leurs besoins et les apports potentiels d'Internet. Globalement, les perceptions sont plutôt positives et favorables envers Internet, mais comme le titre du rapport le souligne, l'accès à Internet ne se fera pas n'importe comment ni à n'importe quel prix!
Barbara Ann O'Leary présente dans cet article une initiative en matière de communication électronique mise en place par Virtual Sisterhood, un réseau féministe ayant pour but de favoriser l'accès et l'utilisation des réseaux par les femmes. Plus précisément, l'auteure présente le groupe de discussion vs-online-strat (pour Virtual Sisterhood online strategies), au sein duquel il est question d'échange d'information, d'idées et de points de vue dans une perspective féministe. Elle évoque le défi que représente la gestion d'une liste comme vs-online-strat, où les contenus purement informatifs croisent les messages relevant de l'activisme et du militantisme.
Cet ouvrage paru en 1997 et édité par les fondatrices du magazine Women'Space, est un recueil de 21 textes rédigés par des femmes qui oeuvrent dans des domaines différents mais qui ont toutes en commun l'Internet. On y présente, à partir de quatre thématiques (apprentissage, restructuration de l'organisation, événements, réseautage) et en décrivant succinctement une série de projets existants, de quelle manière les femmes peuvent apprendre à comprendre et à utiliser l'ordinateur pour faire avancer la cause féministe. De nombreux projets sont exposés; seuls certains sont résumés ci-après.
Harriet Amani, directrice du Centre de femmes Rainbow qui lutte contre la pauvreté, pose la question crucial des coûts relatifs à l'équipement nécessaire pour se brancher à Internet. Harriet Gordon évoque l'expérience qu'a vécu le Centre de femmes Sunshine Coast, qui s'est branché à Internet à la fin de 1995, et qui offre désormais des formations à Internet auprès des femmes. Peregrine Wood présente le projet WomensWeb, crée en 1994 par Web Networks, un projet qui vise à faciliter l'accès des femmes et des groupes de femmes canadiens aux technologie de réseautage, notamment grâce à la mise en place de formations. Robyn Kalda, Laurie Bryson et Susan Bazilli relatent les débuts du Réseau ontarien des femmes et de la justice, un réseau qui regroupe plusieurs forums de discussions sur la question des femmes et la justice sociale.
Sur le thème de la restructuration des organisations, Kristin Punkari, administratrice de DAWN Ontario, évoque les avantages d'Internet et du courrier électronique; elle explique comment son organisation a pu étendre sa "clientèle" aux femmes avec un handicap du monde entier grâce à son site Web. Marie-France Gosselin évoque également l'expérience de son organisme, le Réseau national d'action éducation femmes (RNAÉF). Elle expose en particulier les avantages que présente l'utilisation du courrier électronique dans un réseau national. Dans la même veine, Lise Martin de l'Institut canadien de recherche sur les femmes (ICRF) explique comment l'usage du courrier électronique s'est imposé à l'ICRF, notamment dans la gestion de ses relations avec plusieurs organisations non gouvernementales internationales. Elle évoque par ailleurs les problèmes d'ordre organisationnel et leurs incidences sur le développement de l'usage d'Internet.
Sur le plan des réalisations, Catherine McGovern présente le Studio XX, un centre-ressources en médias numériques pour femmes de Montréal; Michèle Olivier et Wendy Robbins présentent PAR-L (liste politiques, action, recherche) qui est à la fois un groupe de discussion et un site Web; Lisa Voisin évoque l'expérience de l'Association Internet des femmes canadiennes (AIFC) dans l'organisation d'une campagne sur Internet afin de sensibiliser le public à la violence envers les femmes.
De nombreux autres projets concernant les femmes et Internet sont présentés parmi lesquels le projet Janus du Congrès canadien pour la promotion des études chez la femme (CCPEF), et le projet Internet au féminin du Centre de documentation sur l'éducation des adultes et la condition féminine (CDEACF) avec le Groupe des 13. Par ailleurs, bon nombre d'articles relatent les initiatives de divers organismes : le Réseau canadien pour la santé des femmes, la Women and Rural Economic Development (WRED), la Lesbian Mothers Support Society (LMSS), le Centre d'aide aux femmes victimes d'agressions sexuelles de Victoria, le Syndicat des travailleuses en garderie de Montréal, la Coalition des femmes contre la pauvreté (Du pain et de roses), l'Association des femmes inuites (Pauktuuit), etc.
Il ressort de ces diverses expériences que le courrier électronique constitue l'utilisation principale des groupes de femmes qui, par ailleurs, présentent des opinions très enthousiastes et très favorables vis-à-vis de la technologie Internet en général.
Ce document publié en 1996 contient les résultats d'une recherche portant sur l'utilisation d'Internet par les groupes de femmes au Canada. Seule étude d'envergure publiée à ce jour sur le sujet, elle reste une source précieuse en matière d'informations et de données de terrain. On y présente :
- un survol des enjeux en matière d'équité par rapport aux réseaux informatiques pour les femmes (des données sur les internautes ventilées selon le sexe sont présentées ainsi que les énoncés de la politique gouvernementale sur l’égalité des sexes et l’infrastructure de l’information);
- un aperçu des problèmes techniques et des coûts associés au branchement à Internet;
- un répertoire des possibilités de financement pour les réseaux informatiques aux niveaux provincial et fédéral;
- un répertoire des projets de réseaux informatiques propres aux femmes au Canada, anglophones et francophones (classés par province);
- des exemples de projets de réseaux informatiques exemplaires pour les femmes dans un contexte international;
- les résultats d’un sondage sur l'accès des groupes de femmes canadiens à Internet.
Les résultats du sondage effectué auprès des groupes de femmes canadiens ont révélé qu’en 1996, 21 groupes sur les 70 sondés n’étaient pas encore branchés à Internet. Parmi les obstacles majeurs au branchement à Internet, le manque de fonds figurait en premier lieu. Étaient également mentionnés les obstacles d’ordre organisationnel, faisant référence au fait que les correspondants des groupes n’ont pas toujours accès à un ordinateur. Par ailleurs, le besoin de formation s’est avéré crucial dans le développement des usages chez les groupes qui disposaient d’une connexion Internet. En ce qui concerne les groupes de femmes francophones, le manque de contenus et de ressources en français, ainsi que la faible connaissance de la technologie Internet et de ses potentiels, constituaient les deux obstacles majeurs à l'utilisation d'Internet.
Voir aussi : Regan Shade, Leslie. 1997. "Access to the Internet for Women's Groups Across Canada", dans A.F. GRUNDY &. al. (eds), Women, Work and Computerization: Spinning a Web from Past to Future, Berlin: Springer-Verlag, pp. 113-122
Ce texte aborde la question de l'autoformation à l'utilisation des technologies d'information et de communication dans les organisations communautaires à partir d'une étude de cas. Dix organisations (des groupes de femmes nationaux du Québec) ont participé à un projet d'autoformation collective aux NTIC intitulé "Les groupes internautes"; un projet coordonné par le Centre de documentation sur l'éducation et la condition féminine (CDEACF) en partenariat avec La Puce informatique.
Sur la base de cette étude de cas, Claudie Solar et Rosalie Ndejuru envisagent cette expérience d'autoformation collective non seulement comme un mécanisme de prise en charge collective des besoins individuels et organisationnels, mais aussi comme un mécanisme de prise de pouvoir collectif face aux changements technologiques. Les auteures insistent sur l'importance d'inscrire les groupes de femmes sur l'inforoute et surtout, sur la nécessité de leur faciliter l'appropriation des NTIC, notamment via des pratiques sociales d'autoformation.
Kathryn Turnipseed présente le projet "Electronic Witches", une initiative mise en place en 1994, ayant pour but de favoriser le développement de la communication électronique, et l'utilisation du courrier électronique en particulier, chez les femmes en Yougoslavie. L'auteure insiste sur les problèmes de perception de l'informatique chez les femmes; elle évoque en particulier l'association presque automatique de l'ordinateur au monde masculin et le manque de confiance des femmes vis-à-vis de leur propre usage de l'ordinateur.
Ellen Balka aborde la problématique de l'accessibilité des technologies pour les femmes à partir de quatre études de terrain. Cette question de l'accessibilité des technologies est abordée sous les angles suivants : a) l'accès à la technologie; b) l'accès à l'éventail des modes de communication; c) l'accès aux compétences techniques; et d) l'accès aux réseaux dans le contexte des structures organisationnelles en place.
Selon Ellen Balka, le problème de l'accès physique et technique aux ressources et aux infrastructures reste la question centrale. Cependant, le succès de l'appropriation des réseaux informatiques par les groupes de femmes est également tributaire de la façon dont cette question de l'accessibilité des femmes aux réseaux est envisagée (par les acteurs politiques, par les groupes de femmes eux-mêmes, etc.).
Ce manuel constitue un guide utile pour les personnes qui s'intéressent aux NTIC et à leur utilisation, tout particulièrement au sein du milieu communautaire féminin. L'intérêt de cet ouvrage réside dans le fait qu'il traite des implications de l'introduction des technologies telles qu'Internet dans les milieux de travail.
L'ouvrage débute avec un survol historique du développement des réseaux informatiques au Canada et un exposé des rudiments de leurs modes de fonctionnement. L'auteure analyse par la suite la façon dont les groupes de femmes se sont servies (et se servent) de ces technologies, et expose ses propres réflexions sur le potentiel de ces outils dans une perspective féministe de changement social. Selon Ellen Balka, l'introduction des réseaux dans les groupes de femmes pourrait contribuer à l'émergence d'une élite de "femmes branchées", plutôt que de favoriser la communication et les échanges entre les groupes de femmes.
Le document comporte les chapitres suivants : Introduction aux concepts et à la terminologie des réseaux informatiques; Historique du développement des réseaux informatiques; Chronique de l’utilisation des réseaux d’ordinateurs par les groupes de femmes; Survol de l’utilisation des réseaux informatiques comme outils féministes de changement social; Internet et le World Wide Web; Accès aux réseaux informatiques; Féminisme, réseaux informatiques et groupes de femmes; Exercices pratiques pour la création d’un site Web.
Ce rapport brosse un tableau de la place qu'occupent les femmes sur le réseau Internet au Québec. Il aborde un vaste ensemble de questions et d'enjeux, parmi lesquels : la langue, la culture et les télécommunications, la mutation du monde du travail, l'accessibilité, l'isolement, la confidentialité, le contrôle du contenu et la criminalité, l'éducation, la santé, les services gouvernementaux.
Une série de recommandations sur le rôle de l'état dans la perspective d'un accès équitable à l'autoroute de l'information, spécialement en ce qui concerne les femmes et leurs besoins particuliers, clôturent le rapport.
Ce document se présente sous la forme d'un compte rendu des discussions tenues lors d'un colloque sur le thème de l'impact des nouvelles technologies sur la formation et l'apprentissage des femmes. Les questions abordées sont relatives à l'accessibilité des femmes, des groupes communautaires et des milieux institutionnels aux nouvelles technologies, au problème de la qualité de l'apprentissage avec les nouvelles technologies, et aux enjeux des opportunités offertes. Une série de recommandations en termes d'accès, de qualité d'apprentissage et d'impact sur la condition féminine complètent le document.
Denise Lemire livre dans ce document une réflexion sur la situation des femmes francophones dans Internet. Elle explore tout d'abord la situation "nébuleuse" des femmes francophones, qui utilisent peu et connaissent mal Internet, pour analyser ensuite quelques initiatives d'organismes féminins nationaux et ontariens : la Fédération nationale des femmes canadiennes-françaises (FNFCF), le Réseau national d’action éducation femmes (RNAEF) et la Table féministe francophone de concertation provinciale de l’Ontario (TFFCPO). L’auteure conclue en présentant sa vision de l’avenir.
Voir aussi : Lemire, Denise. 1997. "Où en sont les femmes francophones dans Internet", Women'space, vol. 3, n°1 : http://www.womenspace.ca/vol25c.html
Ce dossier spécial des Cahiers de femmes d'Europe aborde le thème de la "société de l'information" et montre comment ce phénomène se pose en termes spécifiques au regard des femmes. Les questions relatives aux enjeux, aux défis, et aux injustices auxquels les femmes pourraient être confrontées dans cette société de l'information sont traitées. Trois aspects principaux sont étudiés : l'éducation et la formation, les aspects socio-économiques et l'emploi (l'évolution des modes de travail), et les services aux consommateurs. Par ailleurs, on y traite de la pornographie sur Internet, du magasinage à domicile, des télé-services d'assistance communautaire, de la télé-santé, etc.
Cet article traite de la problématique de l'accessibilité aux inforoutes dans une perspective féministe. Les questions qui concernent plus particulièrement le cas des femmes ainsi que les politiques publiques en place en matière d'équité sont examinées. Plus précisément, Leslie Regan Shade aborde le problème de l'accessibilité physique (lié à la situation géographique) et économique aux inforoutes, la question des barrières auxquelles les femmes font face sur leurs lieux de travail, la question des contenus et enfin, les problèmes de harcèlement sexuel en ligne et de pornographie sur Internet.
L'auteure propose un certain nombre de solutions en faveur d'une démocratisation de l'accès, notamment la mise en place de points d'accès communautaires et l'adoption de mesures politiques en faveur de l'équité d'accès.
Voir aussi : REGAN SHADE, Leslie. 1997. "Post-Beijing and Beyond: Gendered Perspectives on Access", dans R. LANDER & A. ADAM (eds), Women in Computing, Exeter : Intellect Books, pp. 181-189; et REGAN SHADE, Leslie. 1998. "Using A Gender-based Analysis in developping a canadian Access Strategy: Backgrounder report", Conférence virtuelle sur Le droit à communiquer et la communication des droits : http://commposite.uqam.ca/videaz/docs/leshfr.html
Ce document offre un compte rendu des débats et des discussions qui ont eu lieu dans le cadre de la conférence intitulée "Les femmes et Internet", organisée sur le thème de l'accès et l'utilisation des nouvelles technologies de la communication par les femmes. Un vaste ensemble d'initiatives et de projets en faveur de l'utilisation d'Internet, à la fois au sein du milieu communautaire féminin et auprès des femmes en général, a été présenté tout au long de la conférence. Les enjeux du développement d'Internet dans des domaines particuliers tels que le développement économique en régions rurales ou la santé ont été abordés, ainsi que diverses thématiques telles que les changements dans les organisations, la qualité de l'information disponible sur Internet, les potentialités offertes en termes de "réseautage" pour les groupes féministes, la question de la langue, etc.
Références supplémentaires :
Cet ouvrage est un guide d'Internet spécialement destiné aux femmes. L’auteure y explique les grands principes d’Internet ainsi que les applications principales. Les grands enjeux – notamment ceux concernant les femmes – sont brièvement abordés à la fin.
L’auteur convie les lecteurs à une exploration d’Internet à partir de cinq thématiques : L'informatique, brève révision en 3 étapes; L'ordinateur; L'autoroute de l'information ou l'inforoute; Le cyberespace (babillards électroniques, serveurs commerciaux, Internet); Les enjeux (accessibilité, femmes et Net, usage du français, pornographie, confidentialité, socialisation).
Ce guide d'accompagnement a été conçu en guise de complément aux formations d'initiation à Internet offertes par le Centre de documentation sur l'éducation aux adultes et la condition féminine (CDEACF) dans le cadre du projet "Internet au féminin". On y trouve des explications illustrées et des exercices pratiques sur la navigation dans le World Wide Web, l'utilisation des outils de recherche, et l'envoi et la réception de messages grâce au courrier électronique.
Ce document est un syllabus de cours sur Internet destinés aux groupes de femmes, édité par le Centre de documentation Amazone à Bruxelles (http://www.amazone.be). On y présente le fonctionnement d’Internet ainsi que les possibilités offertes pour communiquer ou pour effectuer des recherches. On y explique par ailleurs comment ces possibilités peuvent être utiles en particulier aux groupes de femmes. En conclusion, la place qu’occupent les femmes dans le monde d’Internet et le rôle que les groupes de femmes auront à jouer dans le développement de l’accès des femmes à Internet sont abordés.
Références supplémentaires :
Le projet Communautique vise à rassembler dans une communauté réseautique les organismes communautaires québécois oeuvrant dans les domaines de l’éducation et de la formation continue dans une perspective de développement de la vie démocratique et de l’économie sociale.
Ce rapport trace un portrait de l'état de l'informatisation et de l'intérêt pour les nouvelles technologies manifesté par les groupes communautaires qui travaillent auprès des femmes, des jeunes, en développement local ou régional, en insertion sociale et professionnelle, en éducation et alphabétisation populaires, en défense des droits, en coopération internationale. On trouve dans ce document la description du projet (mission et objectifs) ainsi que les résultats d’une enquête menée auprès des organismes du secteur dans la perspective d’élaborer une étude de besoins en matière de réseaux télématiques. Plus précisément, l’enquête avait pour but de brosser un tableau des équipements et des usages, mais aussi d’identifier les conditions nécessaires à l’appropriation de l’informatique et de la télématique par les organismes concernés. Les principaux enjeux liés à l’accès et la présence des organismes communautaires sur les réseaux ainsi que les retombées escomptées clôturent le rapport.
Brièvement, l’étude a permis de dégager quatre conditions essentielles à l’appropriation des NTIC par les organismes communautaires : (a) l'accès aux équipements, qui reste un obstacle majeur; (b) la formation et le soutien technique, perçus comme des ingrédients essentiels à l’appropriation ; (c) l'animation sur le terrain; et enfin (d) des ressources et des moyens adaptés aux besoins réels.
Ce document aborde la question du développement de l’inforoute québécoise et de ses principaux enjeux pour la société. Les questions relatives à l’accessibilité, à l’éducation et à la culture sont traitées sous l’angle de la démocratisation de l’égalité des chances, de l’accès au savoir et aux processus de décisions politiques.
Cinq parties composent le rapport : 1) L’accessibilité au centre des enjeux; 2) Le contrôle ou la participation des citoyens; 3) L’éducation et l’appropriation sociale pour maîtriser l’avenir; 4) Vers la mondialisation et la fragmentation culturelle; et 5) Le rôle de l’état. Une série de recommandations complètent le document.
Le projet E-Connections, financé par le Ontario Network Infrastructure Program (ONIP), a consisté à réaliser une étude de faisabilité en vue d'offrir un service de courrier électronique aux organisations à but non lucratif et aux "labour organizations" en Ontario. Ce document présente les principaux objectifs du projet, à savoir : la réalisation d'une enquête sur le niveau d'informatisation et sur l'utilisation du courrier électronique dans les organisations concernées, la rédaction d'un plan d'affaire sur l'implantation du courrier électronique, et celle de matériels promotionnels et de formation. De plus amples renseignements sont disponibles sur le site Web : http://www.fis.utoronto.ca/research/iprp/ua/econres.html.
"Defining and Maintaining Universal Access to Basic Network Services: Canadian Experiences in an International Context" est un projet mené par la Faculty of Information Studies de l'université de Toronto et par Industrie Canada. Amorcé en 1996, ce projet a pour but de définir les conditions et les éléments clés d'un accès universel aux services de base d'Internet. Le projet concerne plus précisément la situation canadienne même si les projets et les politiques sur le plan international sont également soumis à l'étude.
Andrew Clement et Leslie Regan Shade dégagent les éléments clés relatifs à la question du développement des infrastructures d'information et de communication. Ils présentent un modèle de la problématique de l'accès universel en plusieurs couches pour rendre compte des dimensions à la fois sociale et technique. Brièvement, ils distinguent sept niveaux : 1) le niveau politique, c'est-à-dire le contexte de réglementation - qui devrait permettre la participation publique; 2) le niveau social, essentiellement lié à la formation à l'utilisation des technologies; 3) les fournisseurs de services qui ont un rôle important à jouer sur le plan des coûts; 4) la nature des contenus et services offerts; 5) l'équipement logiciel disponible, c'est-à-dire les logiciels de navigation, de gestion de courrier électronique, etc.; 6) l'équipement matériel disponible, c'est-à-dire les ordinateurs, modems, etc.; 7) les infrastructures de réseaux en place, c'est-à-dire les réseaux téléphoniques, Internet, etc. Les auteurs concluent en énonçant un ensemble de considérations à prendre en compte dans une perspective d'élaboration de politiques publiques.
Dans le cadre de la même problématique (l'accès universel aux services de base d'Internet), Ellen Balka reprend le modèle à plusieurs niveaux développé par Andrew Clement et Leslie Regan Shade (1996) pour aborder la question de l'accès des femmes et des groupes de femmes aux autoroutes de l'information dans une perspective féministe. Plusieurs recommandations en termes de politique publique sont présentées en conclusion.
Selon Ellen Balka, la problématique de l'accès aux inforoutes de l'information abordée dans une perspective féministe pose de nouvelles questions qui impliquent à leur tour de trouver des solutions novatrices. Ainsi, Balka plaide-t-elle en faveur d'une meilleure compréhension de la vie quotidienne des femmes, en tant que mères tout d'abord, soucieuses de favoriser l'accès de leurs enfants aux nouvelles technologies, mais aussi en tant que contribuables disposant d'une part de revenus plus faibles et d'autre part, de moins de temps libre comparativement aux hommes, et enfin en tant qu'usagers-femmes immergées dans un environnement où l'expertise technique reste intimement associée aux hommes.
Les questions ayant guidé la recherche
Qu'en est-il des femmes en général en regard des TIC?
ACCÈS : Les femmes ont-elles accès aux TIC? Sont-elles branchées à Internet? Existe-t-il des statistiques sur les femmes internautes au Québec et au Canada?
USAGES : Quels sont les usages actuels des femmes? Les femmes présentent-elles des comportements d'usage différents des hommes?
ACTIONS & ENJEUX : Quelles sont les actions entreprises en faveur du développement de l'utilisation des TIC par les femmes? Quelles sont les enjeux d'Internet pour les femmes dans une perspective féministe? Qu'est-ce que le cyberféminisme?
La littérature sur les femmes et les TIC, en particulier celle concernant les femmes et Internet, s'est beaucoup développée ces dernières années, comme en témoigne le nombre grandissant de textes sur le sujet qui circulent sur le réseau. Il est d'ailleurs assez difficile de faire le tri parmi le nombre important de références disponibles, aussi bien en ligne que sur support papier.
Les écrits sur les femmes et les TIC se différencient selon qu'ils relèvent de l'étude empirique (étude de cas auprès de femmes ou de collectifs féminins), de la réflexion théorique (propos sur les enjeux des TIC, le cyberféminisme, les relations femmes-technologie...), ou de la critique journalistique; les publications relevant de l'étude empirique étant les plus rares.
Parmi l'ensemble très disparate des documents publiés, nous avons regroupé les références sélectionnées en trois catégories :
a) Données statistiques sur les femmes internautes et études empiriques décrivant des comportements d'usages.
Ces publications se présentent sous la forme d'enquêtes ou d'études empiriques. Elles nous apprennent que le nombre de femmes internautes est en constante augmentation, même si les hommes restent les usagers les plus nombreux et les plus réguliers. Les études empiriques, effectuées le plus souvent sur des forums de discussion, nous apprennent quant à elles que les hommes et les femmes présentent des comportements et des perceptions très différents en matière de communication électronique, qui viennent soit corroborer soit démentir certains stéréotypes.
b) Les relations entre les femmes et les TIC ou la problématique du genre et la technologie.
Les écrits sur le sujet mettent l'accent sur le rôle des représentations et des perceptions de la technologie en termes de genre; la technologie étant associée aux hommes plutôt qu'aux femmes. Ces travaux se distinguent selon qu'ils s'appuient sur une démarche empirique (étude de cas) ou qu'ils se présentent sous la forme d'essai théorique. Dans ce dernier cas, c'est la construction sociale et culturelle de la technologie comme étant constitutive d'une identité masculine, par opposition à une identité féminine, qui est à l'étude.
c) Le féminisme avec Internet ou cyberféminisme
Le cyberféminisme fait partie de ces nombreux néologismes – au même titre que cyberespace, cyberculture, etc. – qui ont émergé au fur et à mesure du développement d'Internet. Mais que recouvre exactement cette notion? Les écrits recensés sur ce thème nous renseignent sur les multiples conceptions du cyberféminisme, et rendent compte d'expériences concrètes où l'appropriation des technologies (en l'occurence d'Internet) est analysée sous l'angle de "la prise de pouvoir".
Une enquête a été réalisée sur l'accès et l'utilisation d'Internet au Québec auprès d’un échantillon représentatif de la population québécoise âgée de 16 ans et plus. Ce document en présente les résultats. On y présente des données sur, entre autres, les niveaux d’informatisation et de branchement à Internet des ménages québécois, la notoriété et l’utilisation d’Internet au Québec et les internautes réguliers. Certaines données concernent plus particulièrement les femmes internautes.
Un bref aperçu des résultats donne le tableau suivant :
- les hommes sont les plus nombreux parmi les internautes québécois : 58 % des internautes réguliers sont des hommes et 42 % sont des femmes;
- les hommes utilisent Internet plus fréquemment que les femmes : 22 % des hommes utilisent Internet sur une base hebdomadaire comparativement à 15 % des femmes; par ailleurs 66 % des hommes se servent d’Internet tous les jours ou presque comparativement à 55 % pour les femmes;
- les femmes sont en proportion plus nombreuses à être en faveur de la censure de certains contenus sur Internet.
En résumé, on trouve moins de femmes que d'hommes parmi les internautes québécois, et quant elles se servent d'Internet, elles l'utilisent moins longtemps comparativement aux hommes.
Depuis le début 1996, le RISQ a conduit une série d’enquête dans le but d’alimenter la communauté québécoise en données sur le profil et les habitudes des usagers d’Internet au Québec. Le présent document présente l’intérêt de mettre en perspective les résultats des quatre enquêtes sur les internautes québécois effectués entre mars 1996 et septembre 1997.
On constate une progression constante du nombre de femmes internautes entre ces deux périodes. En effet, ces dernières constituent 28 % des répondants à la quatrième enquête (septembre 1997) comparativement à 26% pour la troisième (mars 1997), 18% pour la deuxième (septembre 1996) et 15% pour la première (mars 1996). Il est important de relativiser les chiffres précédents dans la mesure où les femmes sont généralement sous-représentées lors d'enquêtes Web à participation volontaire (comme c'est la cas ici). On peut supposer en effet qu'elles disposent de moins de temps pour répondre à des enquêtes en ligne dans la mesure où elles consacrant en moyenne moins de temps au Web que les hommes.
Le Graphics Visualization and Usability Centre effectue tous les six mois environ une enquête sur les internautes dans le monde. Les résultats de la dixième enquête effectuée entre octobre et décembre 1998 apportent certaines précisions sur les femmes internautes dans le monde et sur leurs usages d'Internet.
Selon les résultats, le nombre total de femmes internautes semble avoir diminué (il est passé de 38,7 % à 33.6% en six mois environ). Cependant, rien selon les enquêteurs ne permet de confirmer cette tendance à la baisse – qui pourrait aussi bien s'expliquer par le choix de la méthode d'échantillonnage. D'ailleurs, les chiffres concernant les nouveaux arrivés sur le net, qui font état d'une proportion presque équivalente d'hommes et de femmes, viendraient plutôt confirmer la tendance d'une augmentation du nombre de femmes internautes (parmi les usagers d'Internet depuis moins d'un an, 48.5% sont des femmes et 51.5% sont des hommes).
Sur le plan des comportements d'usage, on constate que les hommes restent les usagers les plus "experts" du net, autrement dit, ils semblent connaître mieux et utiliser davantage de fonctions d'Internet que les femmes; celles-ci sont par ailleurs plus nombreuses à suivre des formations à l'utilisation du Web que les hommes. Toutefois, plus que la variable du sexe, c'est l'âge qui apparaît être l'élément déterminant dans les niveaux d'expertise : plus on est jeune, mieux on connaît et on utilise Internet. Enfin, phénomène intéressant à signaler, il semble que les femmes soient plus nombreuses que les hommes à magasiner sur Internet.
Il est question dans ce texte des différences entre les hommes et le femmes concernant la communication médiatisée par ordinateur. Susan Herring analyse ici la structure des messages électroniques échangés dans le cadre de deux forums de discussion – l'un regroupant en majorité des hommes et l'autre des femmes – dans le but de tester la validité du stéréotype selon lequel les hommes et les femmes utiliseraient le courrier électronique pour des raisons différentes, en l'occurence pour échanger des informations versus pour les relations sociales.
L'étude infirme ce stéréotype en montrant que les membres de chacun des deux groupes échangent aussi bien des informations que des opinions, des idées, etc. Cependant, l'auteure met à jour des différences significatives entre les hommes et les femmes, notamment en ce qui concerne la structure des messages rédigés : les femmes ont davantage tendance à prêter leur appui aux autres participants et participantes tandis que les hommes ont davantage tendance à critiquer et à montrer leur opposition.
Selon l'auteure, le fait que les femmes s'expriment plus souvent en soutenant d'autres personnes plutôt qu'en s'opposant à elles peut expliquer la persistance du stéréotype selon lequel elles utiliseraient le courrier électronique essentiellement pour les relations sociales, dans la mesure où leur attitude contribue à créer un sentiment de solidarité qui favoriserait les échanges harmonieux. En ce qui concerne le stéréotype selon lequel les hommes utiliseraient davantage le courrier électronique pour échanger des informations, l'explication est à chercher selon l'auteure, non seulement dans le vocabulaire et les expressions utilisés pour s'exprimer, mais aussi dans le fait que les premiers guides sur la "network etiquette" (Netiquette) ont mis l'accent sur la proscription des messages à faible contenu informatif. Toutefois, Susan Herring incite à resituer l'émergence des stéréotypes de ce type dans le contexte socio-culturel plus vaste qui témoigne, tout autant qu'il participe, de la constitution des différences de perception entre les hommes et les femmes.
Joan Korenman et Nancy Wyatt étudient le cas d'un groupe de discussion, WMST-L (Women's Studies List), dans le but d'analyser et de caractériser la nature des interactions qui ont lieu en ligne. Plus précisément, les auteures analysent les pratiques de communication en ligne dans une perspective de dynamique de groupe.
Les auteures examinent en quoi les interactions en ligne entre les participantes se rapprochent des interactions en face à face dans les groupes restreints. À partir de l'analyse de données d'enquête (questionnaires) et d'observation de "patterns" de participation, les auteures révèlent l'existence d'un sentiment partagé d'appartenance au groupe. Elles font l'hypothèse selon laquelle ce sentiment d'appartenance est conditionné par certains facteurs clés : l'échange de messages personnels en dehors de la liste, l'existence d'un noyau dur de participantes actives régulières, et l'existence de pratiques discursives du registre oral sur la liste.
Un aspect important du groupe de discussion WMST-L est évoqué en conclusion, à savoir : le fait que les participantes partagent des objectifs et un vocabulaire communs et le fait qu'elles soient féministes. Bien qu'exclu de l'analyse, les auteures reconnaissent que cette dimension a certainement joué un rôle essentiel dans le maintien de la cohésion et de la pérénité du groupe.
Lena Sorensen présente dans ce rapport les résultats d'une étude sur l'usage du courrier électronique, et plus largement d'Internet, chez des femmes professionnelles. À partir de données d'entrevues et d'enquête, l'auteure analyse les raisons et les motivations pour lesquelles les femmes choisissent d'utiliser la communication par ordinateur plutôt que la boîte vocale ou les mémos ou encore la communication en face à face.
(Le document ne nous était pas disponible au moment de la constitution de cette bibliographie annotée.)
Cet article traite de la communication médiatisée par ordinateur et des différences entre les hommes et les femmes, à la fois sur le plan des comportements d'usages et des perceptions. Gladys We a observé notamment une participation beaucoup plus importante des usagers hommes dans les listes de discussions, y compris dans celles traitant de questions féministes.
Selon les résultats d'une enquête par questionnaire en ligne effectuée auprès de 25 usagers, les femmes jugent la communication, ou du moins la prise de parole, moins problématique en ligne comparativement aux situations de face à face. Par ailleurs, la communication médiatisée par ordinateur aurait tendance, dans certains cas, à occulter la variable "genre", en partie grâce à l'anonymat, par exemple lors de conversations sur un plan professionnel. Cependant, un biais culturel expliquerait le fait que les hommes occupent encore le plus souvent la tribune. En outre, contrairement à certaines idées reçues quant au caractère dépersonnalisé et froid de la communication en ligne, l'auteure évoque la forte charge émotionnelle des interactions, en témoignent les phénomènes de "flaming" (c'est-à-dire l'échange de messages à contenus offensants) ou de jeux de séduction.
Jennifer Brayton s'attache dans cet essai à définir la relation problématique des femmes avec la technologie en général et Internet en particulier. Selon elle, cette relation "d'amour et de haine" révèle l'ambivalence des femmes vis-à-vis de la technologie en général, encore perçue comme étant constitutive d'une identité masculine (et non féminine). La place accordée à Internet par les femmes ferait l'objet d'une tension permanente et oscillerait entre deux conceptions : Internet pourrait être un instrument de pouvoir au service des femmes, autrement dit un espace dans lequel elles pourraient contribuer à la construction d'une (nouvelle) culture, mais il pourrait être aussi un média comme les autres, à la fois contraint et contenu dans une société contemporaine stigmatisée, dominée par le capitalisme et le patriarcat.
Cet ouvrage regroupe seize essais sur le thème "genre et cyberespace", qui éclairent chacun une des multiples facettes des usages d'Internet par les femmes. Certains textes relatent diverses expériences de femmes ou de groupes de femmes sur le réseau, notamment des exemples de participation à des jeux de rôle, à des forums exclusivement féminins ou à des espaces de travail collaboratif. D'autres abordent les questions du harcèlement, de la censure, des modes de communication en ligne typiquement féminins ou masculins, de la construction sociale de la technologie, etc.
(Le document ne nous était pas disponible au moment de la constitution de cette bibliographie annotée.)
Le Computer-Mediated Communication Magazine a consacré en 1996 un numéro spécial sur le thème : "Women and Gender Online". Dans la présentation du numéro intitulée "Why Bring Gender Online?", Lisa Schmeiser pose la question de la pertinence d'introduire la question du genre dans un média comme Internet où l'on peut, supposément, se construire des identités à volonté. C'est en partie à cette question que répond le texte "Gender Without Bodies" de Mindy McAdams, en s'interrogeant notamment sur le rapport au corps dans le cyberespace, tandis que Amelia DeLoach présente, dans "Grrrls Exude Attitude", les "grrrls", un mouvement qui se caractérise par l'absence d'objectifs clairs et qui s'apparenterait au Web, autrement dit à quelque chose de... diffus.
Valerie Frissen propose dans ce texte une revue de littérature sur la question du genre et de la technologie. Selon elle, le domaine est fortement marqué par des analyses en termes d'exclusion où les femmes sont d'abord présentées comme des victimes, ce qui contribuerait à masquer la réalité beaucoup plus complexe des relations de pouvoir. Toutefois, elle reconnaît à ces analyses le mérite, d'une part d'avoir fait prendre conscience que les usages des technologies ne sont pas neutres mais toujours orientés en fonction d'un but, et d'autre part de les avoir situés dans le contexte plus vaste des relations sociales et culturelles.
Valerie Frissen distingue deux axes principaux dans la littérature sur le genre et les TIC : (1) les relations entre le genre et la technologie appréhendées en termes de domination masculine et d'exclusion féminine, et (2) les relations entre le genre et les technologies d'information et de communication appréhendées via l'analyse des discours sur le genre et les technologies (dans le but de montrer la construction sociale dont ils font l'objet). Le deuxième axe a donné lieu à un ensemble de recherches qui se différencient selon qu'elles abordent les TIC dans le domaine public ou privé, et selon le niveau d'analyse qu'elles privilégient : les usages, les effets ou les enjeux.
Susan Herring traite dans ce texte des différences entre les hommes et les femmes en ce qui concerne les styles d'interaction en ligne. Premièrement, l'auteure démontre que les hommes et les femmes présentent des styles d'écriture distincts et reconnaissables, contrairement à l'idée très répandue selon laquelle la communication médiatisée par ordinateur neutraliserait les différences en termes de genre. Deuxièmement, les hommes et les femmes présentent des styles communicationnels également distinctes, dans le sens où ils évaluent et jugent de façon différente la communication en ligne (par exemple le caractère approprié ou au contraire déplacé d'un message). L'auteure illustre ces différences à l'aide d'exemples, en particulier avec celui du "flaming".
Cheris Kramarae et Jeanis Taylor traitent du problème de l'accès des minorités à Internet, en particulier des difficultés rencontrées par les femmes. Leur propos s'adresse essentiellement aux institutions universitaires connues, selon elles, pour leur engagement en faveur de la libre circulation des idées et de la liberté d'expression. De leur point de vue, les universités seraient parmi les mieux placés pour changer les choses, notamment en élaborant des politiques spécifiques sur la communication en ligne ou en prenant des initiatives en faveur des femmes.
Selon les auteures, les problèmes rencontrés par les femmes sur les réseaux sont de même nature que ceux rencontrés dans des situations de communication en face à face. Ils seraient même accentués, si l'on se réfère aux comportements de violence verbale (inconcevables en situation de face à face) existants sur Internet. Parmi les difficultés rencontrées par les femmes sur les réseaux, les auteurs insistent sur les suivantes : une tendance à la monopolisation de la parole par les hommes dans les réseaux dits "ouverts"; le harcèlement sexuel envers les femmes, présent sous diverses formes; l'atmosphère des discussions qui tendrait à exclure les femmes d'une participation à l'ensemble des débats (notamment via des stratégies discursives telles que l'affirmation ou l'expression du désaccord); l'accroissement de contenus pornographiques sur les réseaux.
Cheris Kramarae et Jeanis Taylor préconisent diverses solutions, notamment la création de forums exclusivement réservés aux femmes, la présence ainsi que la formation de modérateurs ou de modératrices, l'information des règles à suivre aux nouveaux arrivants, la prise de mesures contre le harcèlement sexuel, etc.
Dans cet essai qui fait figure de texte essentiel dès lors qu'on aborde la question des rapports entre les femmes et les ordinateurs, Sherry Turkle traite de la construction sociale de l'informatique comme un domaine masculin, et tente de comprendre pourquoi les femmes ne se reconnaissent pas dans la "machine". Selon l'auteure, le domaine de l'informatique n'est pas d'emblée biaisé en termes de genre, mais la culture informatique en revanche est loin d'être neutre.
Selon l'approche psychologique (voire psychanalytique) de Sherry Turkle, la culture informatique a été dominée dès le début par des représentations en termes de compétition, de sports et de violence (il était question de "tuer" ou de faire "avorter" les programmes dans les premiers systèmes d'exploitation), donc par des représentations associées plus volontiers aux hommes qu'aux femmes, ce qui explique en partie pourquoi celles-ci se sont tenues loin de l'ordinateur. Dépassant le problème de la phobie de l'ordinateur (computerphobia), Turkle tente d'expliquer en quoi les femmes ont un comportement réticent face à l'ordinateur (computer reticence), un comportement qui leur serait propre. Selon les résultats de ses recherches, cette réticence ne peut être comprise que dans la mesure où l'ordinateur est envisagé comme un symbole culturel et personnel, un symbole qui reste étranger aux femmes. Pour ne citer qu'un exemple, les femmes rejètent la relation intime, au sens de relations d'amitié, avec l'ordinateur telle qu'elle est véhiculée chez les "hackers" notamment.
Dans cet essai théorique, l'auteure identifie deux courants de pensée parmi les chercheures féministes qui travaillent sur le genre et la technologie. Le premier courant, qu'elle appelle le féminisme libéral, envisage la technologie comme étant fondamentalement neutre. Dans cet ordre d'idée, l'exclusion des femmes des postes de pouvoir par exemple s'expliquerait d'une part par la résistance masculine, et d'autre part par un certain manque de confiance chez les femmes. Le deuxième courant, le féminisme radical, envisage la pensée scientifique et technique comme étant intrinsèquement masculine. Dans cette perspective, même si les femmes réussissent à pénétrer ce domaine réservé aux hommes, elle n'auraient que peu à y gagner. La solution résiderait dans la mise à jour d'un mode de vie alternatif, correspondant à la véritable nature féminine.
Rejetant ces deux courants – qui conduisent à l'impasse de l'essentialisme selon Liesbet van Zoonen –, celle-ci propose d'envisager le genre et la technologie comme étant constitués par le jeu des relations sociales, à travers lesquelles ils se redéfinissent constamment l'un par rapport à l'autre. Elle propose un modèle d'analyse de ces relations fondé sur une triade : genre, technologie, culture. Dans cette perspective, elle montre que les significations et les représentations inscrites dans les technologies sont le fruit d'une perpétuelle négociation symbolique. En partant du constat selon lequel les discours sur la technologie ignorent le plus souvent la question du genre, ou bien s'attachent uniquement à démontrer en quoi les femmes font l'objet d'exclusion, l'auteure s'appuie sur des cas concrets pour montrer comment la technologie peut servir la cause féministe.
Références supplémentaires :
Cette bibliographie annotée sur le thème des femmes (ou filles) et l'informatique recense plus de 170 notices bibliographiques, essentiellement en langue anglaise.
Janice Bogstad offre un compte rendu de son expérience à la conférence mondiale sur les femmes qui s'est tenu à Beijing en 1995, où elle présidait un panel sur le thème "Researching Women's issues By Computer". Elle traite des rapports entre les femmes et Internet et évoque notamment la façon dont les groupes de femmes, mais aussi les enseignantes et les étudiantes en études féminines, peuvent tirer profit d'Internet, à la fois pour la recherche de documentation et pour l'échange d'information.
Sadie Plant nous livre dans cette entrevue sa conception du féminisme avec Internet. Elle envisage le cyberféminisme comme une alliance, un lien, entre les femmes, les machines et les nouvelles technologies. Selon elle, il existerait une relation étroite entre la libération des femmes et l'émergence des technonogies de l'information; plus les machines deviennent intelligentes, plus les femmes se libèrent, parallèlement, plus les machines sont autonomes, plus les femmes le deviennent. Par ailleurs, Sadie Plant considère que la "technophobie" attribuée aux femmes relève davantage du mythe, et masque en réalité le fait que les femmes ont toujours utilisé les machines et la technologie. (Voir : 67. PLANT, Sadie. 1997).
Anne-Marie Gingras présente dans ce texte une réflexion sur le cyber-militantisme et sur la démocratie électronique. Selon elle, les réseaux électroniques offrent un formidable gisement de ressources pour l'action politique, mais aussi un tout aussi fabuleux potentiel de contrôle. D'un côté : l'interactivité, les exemples concrets de cyber-militantisme, la liberté d'expression par delà les frontières...; de l'autre : le stockage des informations personnelles, l'appariement de banques de données par des états ou des entreprises peu scrupuleux, un marketing ciblé et envahissant... De ce constat, l'auteure tire l'impossibilité d'évaluer clairement et sans équivoque le potentiel démocratique d'Internet. Elle évoque plusieurs exemples de "luttes" électroniques parmi lesquelles : le cessez-le-feu du gouvernement mexicain face aux zapatistes en février 1994, la victoire des habitants de Santa Monica en faveur des SDF, la lutte anti-tabac de 1990 contre la tournée de promotion de Philip Morris aux États-Unis, les appels à la manifestation salAMI organisée en avril 1998 à Montréal à l'occasion de la rencontre internationale sur l'Accord multilatéral sur les investissements. Selon Anne-marie Gingras, la structure ouverte des réseaux et une certaine anarchie permettent à la fois aux petites organisations du Sud et aux faussaires de l'information de prospérer.
Cette thèse de doctorat porte sur l’appropriation militante d’Internet en contexte associatif. Selon l'auteur, les associations militantes "appellent des formes de fonctionnement plus flexibles dont Internet pourrait fournir les bases et permettrait une amélioration des performances associatives à différents niveaux : au niveau de la concertation, de la décision, de l'organisation du travail (despatialisation, désynchronisation, renforcement des capacités d'analyse, accès inédit à la transversalité, possibilité d'une gestion émergente des points de vue)". Par ailleurs, les réseaux tels Internet permettraient de nouvelles formes d'intervention dans l'opinion publique (représentation des intérêts, dialogues et débats, (ré)activation d'une "conscience politique", etc.). Relevant davantage de la réflexion théorique que de l'étude empirique, les thèses défendues par l'auteur s'appuient – du moins en partie – sur une enquête par questionnaires effectuée auprès des Pénélopes, un groupe féministe français.
Kira Hall distingue deux types de cyberféminisme : le cyberféminisme libéral, qui envisage la communication médiatisée par ordinateur comme un "facilitateur" ("gender-fluid") mais aussi comme une utopie "sexualisée", et le cyberféminisme radical dans lequel les groupes de discussion exclusivement féminins sont formés pour résister et se protéger contre le harcèlement dans Internet. Selon Kira Hall, le premier courant est directement inspiré du "féminisme cyborg" de Donna Haraway (voir : HARAWAY, Donna. 1990. "A manifesto for cyborgs : Science, technology, and socialist feminism in the 1980s", dans K. V. HANSEN et I. J. PHILIPSON (eds), Women, Class, and the Feminist Imagination, Philadelphia : Temple University Press, pp. 580-617. Première parution dans Socialist Review, 1985, vo. 15, n°80, pp. 65-107), et le deuxième a émergé du fait du harcèlement masculin dans Internet. L'auteure évoque les différences fondamentales entre les deux mouvements, qui témoignent selon elle des disparités entre le féminisme tel qu'il est pensé et le féminisme tel qu'il est pratiqué.
Kira Hall analyse les discours des deux mouvements, le premier à travers le magazine Future Sex, la littérature cyberpunk et le courant post-moderne, et le second à travers l'analyse de la communication dans un groupe de discussion exclusivement réservée aux femmes (SAPPHO). L'étude des échanges au sein du groupe de discussion révèle notamment ses particularités discursives que Hall nomme comme étant "agressivement collaborative" en opposition à la "cybermasculinité" de Internet. Selon Hall, la question du genre est loin d'être évacuée sur Internet, mais elle est au contraire exacerbée, en particulier dans les discours.
Lucretia McCulley et Patricia Patterson témoignent de deux expérimentations en matière d'utilisation d'Internet au sein d'un cours offert en sciences politiques à l'université de Richmond sur le thème "Women and power in american politics". Les étudiantes se sont montrées très intéressées et l'expérience s'est avérée un succès. Selon les auteures, en plus de familiariser les étudiantes à l'utilisation d'Internet, l'expérience leur a permis de réfléchir aux enjeux des nouvelles technologies pour les femmes engagées dans le domaine politique. La plupart ont jugé Internet comme étant un outil extrêmement utile, par exemple pour rentrer en contact avec les personnalités politiques grâce aux forums ou pour participer à la vie politique du pays à partir de chez soit.
En conclusion, les auteures dégagent deux avantages essentiels de l'utilisation des réseaux électroniques pour les femmes engagées en politique : la possibilité de quitter la sphère privée (à laquelle les femmes ont toujours été associées) pour pénétrer la sphère publique, et l'opportunité des rencontres et des discussions entre féministes.
Michèle Ollivier traite dans cet article des listes d'envoi comme moyen d'action féministe. Sa réflexion part de la question suivante : les nouvelles technologies favorisent-elles les grands principes féministes tels que l'auto-gestion démocratique, un accès équitable aux ressources et l'équité pour les femmes, ou au contraire, provoquent-elles l'effet inverse en mettant en place de nouvelles barrières qui renforcent les inégaliés?
Plus précisément, cette étude explore le potentiel et les limites de la communication électronique dans un perspective de changement social, à travers l'analyse d'un cas : PAR-L (Policy, Action, Research List/Liste politique, action, recherche), une liste de discussion qui vise à encourager le développement de la recherche féministe en matière de politiques mais aussi celui de l'action féministe. L'auteure présente tout d'abord la mission et l'histoire de PAR-L, elle aborde ensuite la question de l'accessibilité de la communication en ligne à partir des caractéristiques sociodémographique des participantes, et discute enfin de l'utilité et de la pertinence d'un forum tel que PAR-L à partir de l'analyse détaillée du contenu des messages échangés et des résultats d'une enquête effectuée auprès des participantes.
Cette étude de cas a révélé l'existence de barrières d'ordre économique, linguistique, régional mais également en termes d'âge, qui contribuent à limiter l'accès de nombreuses femmes aux nouvelles technologies. En outre, l'étude a permis de mettre à jour d'autres facteurs clés, liés par exemple au niveau de formation (et de compétence) requis pour participer activement aux échanges en ligne. Cependant, quand l'accès et le manque de temps ne constituent plus des obstacles, la participation à une liste de discussion féministe donne à voir une communauté d'un nouveau genre, qui inclut des femmes autrement isolées, et qui permet de relier des femmes de milieux différents (par exemple, universitaire et communautaire). Du point de vue de l'auteure, dans la mesure où un forum tel que PAR-L donne une voix à une partie importante de la communauté féministe, une intiative comme celle-ci permet de favoriser une prise de pouvoir par les femmes et peut constituer ainsi un outil utile au changement.
Sadie Plant expose dans un ouvrage qui a beaucoup fait parler de lui, sa thèse et ses considérations personnelles sur le devenir des femmes dans la société digitale. Elle cherche à démontrer que les femmes ont toujours utilisé la technologie. Ainsi, s'efforce-t-elle de mettre à jour le rôle des femmes dans la création des technologies modernes. Elle évoque notamment plusieurs figures féminines "historiques" telles que Ada Lovelace, la fameuse collaboratrice de Charles Babbage dans son travail sur "the analytic engine".
Dans la perspective de Sadie Plant, les femmes ne sont pas victimes du changement technologique, mais elles en sont au contraire les héroïnes dans la mesure où elles acquièrent du pouvoir grâce aux innovations technologiques; c'est en ce sens que Sadie Plant comprend le cyberféminisme. Par ailleurs, toujours selon elle, les nouveaux paradigmes scientifiques que constituent la théorie du chaos, les nouvelles technologies et la réalité virtuelle contribuent à rendre obsolète la thèse de la supériorité masculine, et vont permettre d'évacuer, à terme, les distinctions entre les sexes.
Dans son mémoire de maîtrise, Tamara Sayers traite du cyberféminisme au Canada, entendu comme faisant référence aux rapports entre les femmes, les groupes de femmes canadiens et Internet. Elle s'attache en particulier à l'analyse de la relation genre - technologie abordée à travers le cas d'Internet. Selon l'auteure, l'usage d'Internet par les groupes de femmes constribue à redéfinir la technologie en général – le développement de l'utilisation d'Internet chez les femmes remettant au cause la "masculinité" de la technologie; et la technologie elle-même a un impact sur les organisations et sur le mouvement féministe en général, notamment en favorisant les contacts entre les personnes et les groupes.
Le mémoire est composé des chapitres suivants : une revue de littérature sur le thème des femmes et la technologie Internet; la construction sociale de la technologie comme étant masculine par opposition à féminine; les interactions des femmes et des groupes féministes avec la technologie Internet (présentation de trois études de cas et de données empiriques); une discussion de l'impact de la technologie Internet sur le mouvement féministe; une bibliographie sur le thème des femmes et des nouvelles technologies.
Dale Spender traite principalement mais pas exclusivement de la problématique de l'exclusion des femmes des NTIC. Parmi les nombreuses questions abordées, figurent les suivantes : Que faut-il faire pour que le cyberespace soit un espace juste et équitable? Qui seront les laissés-pour-compte du développement d'Internet? Comment le Net affectera-t-il notre relation à l'Autre et la façon dont nous communiquons?
C'est sur le mode de l'essai que Dale Spender nous livre ses réflexions sur le sujet, abordant tour à tour divers thèmes parmi lesquels : les opportunités d'Internet en matière d'éducation; le rôle des bibliothèques; les barrières de classes sociales, de race et de genre; la manque de recherche ou le manque de soutien à la recherche sur les relations femme (ou fille) et ordinateurs; l'exclusion des femmes; Internet comme terrirtoire masculin; "virtual sisterhood"; etc.
Faith Wilding pose la question de savoir s'il existe un mouvement féministe dans le cyberespace, autrement dit si on peut parler de cyberféminisme au sens d'une véritable pratique politique. Elle livre dans cet essai le produit de sa réflexion après avoir participé à la première conférence internationale sur le cyberféminisme qui s'est tenue à Kassel en Allemagne en 1997.
Selon cette auteure, la difficulté de définir le cyberféminisme révèle une profonde ambivalence chez les cyberféministes elles-même, une ambivalence dont les manifestations sont de quatre ordre : un refus du féminisme radical des années 70, (qui se traduit à l'heure actuelle par un manque de connaissance de l'histoire et une rupture avec le passé); l'absence d'un engagement politique fort chez la majorité des groupes de type "cybergrrl-ism" sur le réseau; une certaine utopie concernant les bienfaits des technologies comme Internet (notamment dans leur capacité intrinsèque d'améliorer la condition féminine); et enfin, la crainte de l'engagement politique parce que perçu comme contraignant, globalisant et réducteur.
Pour Faith Wilding, le cyberféminisme doit commencer par définir ses buts et ses orientations politiques clairement, s'il tient réellement à rendre compte (par la biais de la recherche, de l'activisme ou autres), de la façon dont les nouvelles technologies de communication affectent les femmes et vice-versa. De son point de vue, c'est de cette façon que le cyberféminisme pourra contribuer à faire émerger une théorie et d'une action féministe capable d'appréhender le nouvel et complexe environnement social créé par les nouvelles technologies.
Références supplémentaires :
Ellen Balka s'est intéressée dans le cadre de sa thèse de doctorat à l'utilisation des réseaux informatiques par les femmes et les groupes de femmes; on y trouve une analyse détaillée des quatre réseaux suivants :
- Soc.women (né en 1982 sous le nom de Net.women newsgroup) : le premier Usenet qui traitait de féminisme (à la différence des forums actuels, les Usenet sont sans modérateur et sont accessibles seulement en mode Unix);
- Femail Mailing List (né en 1984) : une liste de discussion par abonnement avec modérateur;
- CompuServe Information Service Men's and Women's section of the Issues forum (né en 1979) : un réseau commercial privé
- Women's Bulletin Board System in New York City (né en 1986) : un babillard électronique.
Jennifer Brayton propose une bibliographie recensant une quarantaine de notices bibliographiques sur le thème des femmes et Internet, classées par grandes catégories : The Gendered Body in Cyberspace; Theories of Gender/Technology: An Introduction; Theories of Gender/Technology: Culture; Mass Media Construction of Gender and the WWW; Educating Women to Use the WWW; Women Using the WWW; Reflections by Women on the WWW.
L'usage des réseaux informatiques est devenu populaire dans la décennie 80, et la recherche sur les aspects sociaux des "nouvelles" technologies d'information et de communication – en ce qui a trait notamment aux enjeux pour la société – s'est considérablement développée depuis, y compris sous l'angle féministe. Cependant, l'usage effectif de ces réseaux par les femmes ou les groupes de femmes reste, à l'heure actuelle, peu documenté.
Deux constats principaux peuvent être tirés de cette recension des écrits sur le thème des TIC et les femmes :
1) l'utilisation des TIC par les femmes et les groupes de femmes est croissante – si l'on en croit les statistiques et le nombre d'initiatives visant à en favoriser le développement;
2) la littérature sur les TIC et les femmes se caractérise par une prédominance des recherches d'ordre théorique au détriment des études empiriques (c'est-à-dire des études de terrain) auprès des femmes et des groupes de femmes.
Les enquêtes sur les internautes révèlent en effet un nombre grandissant de femmes sur le réseau. On trouve par ailleurs de plus en plus de guides sur Internet destinés spécialement aux femmes (qu'il s'agisse de manuels d'utilisation ou de répertoire de sites) et certains outils de recherche leur sont même expressément consacrés. On constate également un accroissement de la quantité des contenus en ligne destinés aux femmes (documentation, publications, sites Web de groupes de femmes, forums de discussion, etc.) et l'émergence de réseaux régionaux ou internationaux (grâce à la création de forums ou de sites Web).
Quant à la littérature sur le thème des TIC et les femmes, les écrits théoriques traitant des enjeux des TIC pour les femmes, de la problématique du genre et la technologie ou du cyberféminisme sont prépondérants comparativement aux études empiriques. Ce déséquilibre se traduit par une faible quantité de données empiriques sur l'accès, la nature des usages, les opinions ou les représentations des femmes vis-à-vis des technologies, bref, sur la nature des besoins réels des femmes et des groupes de femmes en matière de TIC.
Par ailleurs, rares sont les documents qui rendent compte de façon critique et détaillée des initiatives et des projets passés – le ton "pro-technologie" de certains textes contribue trop souvent à masquer les retombées réelles (y compris les inconvénients) de ces nouveaux outils. Or, l'évaluation des bénéfices de l'utilisation des TIC dans les groupes, tout autant que la mise à jour des contraintes nouvelles qu'elles apportent, pourraient nous en apprendre davantage sur les implications de l'introduction d'une technologie comme Internet dans ces contextes organisationnels spécifiques. Les études réalisées auprès de groupes de femmes au Québec par le Studio XX et le Centre de documentation sur l'éducation des adultes et la condition féminine demanderaient à être poursuivies dans cette optique.
Concrètement, on retient deux idées principales des études effectuées sur les usages des TIC par les groupes de femmes : premièrement, la prégnance des contraintes économiques, matérielles et techniques comme obstacles à l'accès et au développement d'un usage "optimal"; et deuxièmement, une mise en garde quant au risque d'exclusion des groupes de femmes qui sont en retard par rapport aux autres (tant sur le plan de la prise de conscience que dans les moyens dont ils disposent). Dans cet ordre l'idée, l'introduction des TIC dans les groupes de femmes pourrait favoriser l'émergence d'une élite de "femmes branchées" plutôt que de favoriser la communication et les échanges au sein du collectif des groupes de femmes. Le problème en serait un d'accessibilité (manque de compétence technique, de temps disponible, de formation, problème de perception de la technologie, etc.) plutôt que d'accès (physique et financier).
Mais au fait, qu'est-ce que les femmes et les groupes de femmes ont à gagner de l'utilisation des TIC? La question ainsi formulée renvoie à la question plus large de la prise de pouvoir grâce aux TIC. En d'autres mots, il s'agit de savoir si les femmes et les groupes de femmes s'approprient ces nouveaux outils dans une perspective féministe. Dans la mesure où les usages des TIC par les femmes et les groupes de femmes sont encore en formation (et la majorité des projets encore en développement), il serait prématuré de tirer des conclusions à partir du faible nombre d'études recensées. Cependant, quelques travaux et comptes rendus de réflexions sur le cyberféminisme fournissent des éléments de réponses à ces questions.
Les premières initiatives de raccordement au réseau ont permis de montrer comment une technologie comme Internet pouvait s'avérer utile, voire indispensable, en matière d'accès à l'information (notamment pour la recherche de documentation et l'échange d'informations). Cependant, l'intérêt d'un outil comme Internet semble résider davantage dans sa capacité de mise en réseau des personnes et dans son potentiel de circulation des informations. Par ailleurs, la rapidité d'action permise grâce à l'utilisation des réseaux comme des instruments de diffusion peut constituer un avantage indéniable pour les groupes militants.
Toutefois, les recherches font également état des barrières d'ordre économique, technique ou linguistique, et rappellent l'existence de disparités fortes (en termes d'âge, de temps disponible ou de compétences requises pour participer activement aux discussions). Quand l'ensemble de ces barrières tombent, la mise en place et l'utilisation de moyens de communication tels que les forum de discussion (dont la liste PAR-L constitue une bonne illustration), peut favoriser la création d'un véritable réseau de femmes.
De notre point de vue, dans la mesure où elles permettraient d'offrir un espace et une tribune à la communauté féministe, autrement dit à partir du moment où elles réussiraient à mettre en relation des personnes et des groupes ayant des objectifs communs, les initiatives en matière de développement de l'usage des TIC pourraient favoriser une prise de pouvoir par les femmes. Concrètement, l'évaluation de l'appropriation d'un outil comme Internet dans une perspective féministe nécessiterait l'élaboration d'un programme de recherche qui accorderait une large part aux études de terrain. Par ailleurs, le potentiel d'Internet en matière de mise en réseau des personnes et des groupes pourrait constituer une piste intéressante dans la perspective d'une recherche-action.
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1999 |