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À qui les femmes devront-elles faire confiance  ?

Si la tendance se maintient… il semble que la population du Québec reportera le parti québécois au pouvoir. Mais s’agit-il vraiment d’un vote de confiance ? Les femmes, pour parler d’elles plus spécifiquement, font-elles un bilan enthousiaste du gouvernement Bouchard ?

Nous croyons que non. Trop de dérapages sont survenus depuis quatre ans pour que nous accordions à ce gouvernement un vote de confiance.

Bien sûr, les représentants et représentantes du parti québécois rappelleront les éléments positifs du bilan gouvernemental : la création des places en garderie à cinq dollars par jour, la loi sur l’équité salariale, la loi sur la perception automatique des pensions alimentaires, le service gratuit de médiation familiale, l’augmentation du soutien aux organismes communautaires, la réduction des impôts pour les ménages à faible revenu, la nouvelle allocation familiale qui bénéficie surtout aux parents travailleurs à faible revenu… Et cela est vrai. Cependant, ils passent sous silence d’autres faits, d’autres décisions aux effets dévastateurs pour beaucoup de femmes et leur famille. Des exemples :

Toutes ces mesures forment un bilan peu reluisant. Nous ne le dirons jamais assez : les grands énoncés sur la social-démocratie ne remplaceront jamais les actions concrètes pour lutter véritablement contre la pauvreté, les discriminations et l’exclusion.

Faut-il rappeler aussi que même les éléments positifs du bilan du gouvernement Bouchard ne doivent pas faire oublier que des problèmes importants subsistent. La Commission sur l’équité salariale souffre d’immobilisme aigu et rien n’est fait pour aider les travailleuses non syndiquées dans leurs démarches pour s’assurer de l’application de la loi. Le service de perception des pensions alimentaires est complètement engorgé. L’augmentation pourtant prévisible de la demande pour des places à cinq dollars en services de garde donne lieu à un cafouillis administratif sans précédent et provoque une situation financière difficile pour de nombreux services. Les travailleuses en garderie et celles qui gardent des enfants à la maison continuent d’être sous-payées.

Mais il y a pire : les améliorations apportées aux conditions économiques des familles de travailleuses et travailleurs à faible revenu par l’introduction de mesures comme la nouvelle allocation familiale, l’assurance-médicaments ou l’aide au logement n’ont absolument pas touché les plus pauvres, à savoir les familles sur l’aide sociale. Y aurait-il de bons et de mauvais pauvres ?

La couche des travailleurs et travailleuses à revenu moyen, quant à elle, a l’impression de payer davantage et de recevoir moins. Moins d’allocations familiales, moins de services publics, moins d’emplois durables… Pas étonnant que certains se disent prêts à débourser quelques sous pour un plus grand accès aux soins de santé.

AVONS-NOUS UNE ALTERNATIVE ?

Le parti libéral du Québec et l’Action démocratique du Québec représentent-ils vraiment une alternative pour les femmes et l’ensemble des citoyens ?

Malheureusement non. Réglons rapidement le cas de l’Action démocratique. Ce parti dirigé par un jeune vieux pose parfois de bonnes questions mais ne propose pas autre chose qu’un retour au capitalisme débridé du 19è siècle. Le mot déréglementation revient à toutes les pages de sa plate-forme électorale. Monsieur Dumont propose même l’abolition des places à cinq dollars par jour en services de garde. Tout à fait étonnant de la part d’un prétendu représentant des jeunes parmi lesquels se retrouvent bon nombre de nouvelles familles. Mario Dumont prônerait-il, sans l’avouer trop fort, un retour massif des mères au foyer ?

Quant au Parti libéral du Québec, il est désormais dirigé par un digne représentant d’une droite qui ressemble fort à celle que l’on retrouve aux États-Unis et dans plusieurs provinces canadiennes. Ce courant pur et dur soutient la vision d’un État diminué, étriqué, au service d’une économie de marché incontrôlable. De plus, on ne peut oublier les positions plus que contestables de monsieur Charest au moment où il était chef du parti conservateur à Ottawa et où il voulait regagner des votes réformistes. C’est ainsi qu’il a critiqué vertement la loi sur le contrôle des armes à feu, même si le soutien à cette loi était très large au Québec.

Monsieur Charest adoucit le ton depuis une semaine parce que sa mouture de droite ne prend pas. Cela ne peut nous faire oublier ses déclarations de pré-campagne alors qu’il proposait rien de moins que le travail obligatoire pour les personnes assisté-e-s sociales, l’abolition de la taxe de 1% pour la formation professionnelle, et, de façon générale, la déréglementation du marché du travail. Il nous est bien difficile de croire monsieur Charest lorsqu’il fait preuve de compassion envers les malades et les pauvres du Québec.

Et nous n’avons entendu aucune déclaration de monsieur Charest nous donnant à penser que la situation des femmes le préoccupe un tant soit peu…


ALORS, QUOI FAIRE, POUR QUI VOTER ?

La Fédération des femmes du Québec n’est pas un organisme partisan et n’indiquera pas à ses membres ou aux femmes québécoises pour qui voter. Nous voulons simplement attirer l’attention du grand public sur les enjeux électoraux et rappeler que les femmes du Québec ont des attentes précises face au prochain gouvernement :

Programme ambitieux, diront certains. Pourtant, ce sont là des demandes fort légitimes et pas forcément coûteuses au regard des améliorations qu’apporteraient ces mesures sur les conditions de vie des femmes et des familles.

Quoi faire, donc, le 30 novembre ? Voter, puisqu’il s’agit d’un exercice de citoyenneté qui, quoique insuffisant pour assurer la démocratie d’un régime, en est tout de même la base. Voter pour le candidat ou la candidate qui se rapproche le plus de nos valeurs et qui s’engage à porter nos préoccupations. Ne pas s’abstenir, malgré les désillusions, l’amertume, l’absence de choix véritable. Ne pas faire comme si cette journée du 30 novembre ne nous concernait pas. Et surtout, nous préparer à l’après élections…

Car, heureusement, il y aura un après. La Fédération des femmes du Québec, quant à elle, s’engage à continuer à défendre les droits et les besoins des femmes, quel que soit le résultat des élections. Elle continuera de se préoccuper particulièrement de celles qui sont exclues des lieux de parole et de pouvoir, qui appartiennent à une minorité, de celles que leur condition économique désespère.

Ensemble, nous travaillerons sans relâche à construire un Québec plus juste. Ensemble, nous préparerons notre Marche mondiale des femmes contre la pauvreté et la violence pour l’an 2000.

Françoise David, 20 novembre 1998

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