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Le monde du travail se transforme. Trouver un emploi qui nous convient relève presque de l'exploit. Dans un tel contexte, pense-t-on à créer son propre emploi comme solution de rechange? Pas souvent... Pourtant, les exemples le démontrent, les femmes qui se lancent dans l'aventure réussissent à se faire un revenu décent et leur succès va parfois au-delà de leurs espoirs les plus fous.
En quoi consiste la création d'une entreprise? Quelles raisons motivent des femmes à choisir cette option? Celles qui le font possèdent-elles des caractéristiques spéciales? Être entrepreneure, c'est pas sorcier! tentera de démystifier le phénomène de l'entreprenariat féminin.
Il y a bien sûr les réussites exceptionnelles. L'histoire de celles qui, parties de rien, se sont bâti une affaire rentable, reconnue parfois au-delà de nos frontières ou de celles qui ont assumé, haut la main, la relève d'une entreprise familiale. On pense à Denise Verreault, Lise Wattier, Mariette Clermont. Nous vous en présenterons quelques-unes. Parce qu'il est intéressant de connaître la contribution que ces femmes apportent à l'économie québécoise.
Mais, surtout, nous tenterons d'analyser cette démarche dans une perspective applicable à notre mesure, dans notre milieu. Quels besoins peuvent donner lieu à la création d'une entreprise? Comment est-il possible de partir son affaire, quelles difficultés guettent celles qui s'y lancent et quels avantages peuvent-elles y trouver? Existe-t-il des ressources qui facilitent une telle démarche?
L'avantage avec la création d'entreprise, c'est qu'elle est possible sans considération d'âge. Toutes celles qui veulent aller de l'avant peuvent envisager de le faire. Cette étude permettra de mieux comprendre comment on peut se créer un emploi. Elle permettra peut-être à certaines de se reconnaître des talents et de s'épanouir dans cette voie. Dans le secteur du travail et de l'économie, les femmes ont à prendre leur place et ce ne sont certes pas les qualités pour le faire qui leur font défaut!
Michelle Houle-Ouellet
Pour la publicité de votre rencontreQuand trouver un travail relève de l'exploit, pense-t-on à créer son propre emploi ? L'AFEAS de (identification) vous invite à une rencontre sur l'entreprenariat féminin. Divers aspects seront abordés : en quoi consiste la création d'une entreprise, les raisons qui motivent les femmes à choisir cette option, les caractéristiques qu'une telle décision requiert. C'est un rendez-vous le (date, heure, lieu). Bienvenue à toutes les personnes intéressées ! (signature) |
Assistée sociale qui veut s'en sortir, employée qui rêve de devenir sa propre patronne, nouvelle divorcée qui doit subvenir aux besoins de sa famille, maman qui veut se faire un revenu tout en restant auprès de ses enfants, conjoints qui veulent travailler ensemble... ou, besoin de repartir à neuf, de repenser sa vie... En réalité, les raisons pour partir son entreprise sont multiples.
Le besoin de gagner sa vie sera certainement le motif le plus impérieux pour se créer un emploi. «Après être passée du chômage à l'aide sociale, je n'avais pas d'autre solution si je ne voulais pas vivre ainsi toute ma vie et continuer à me morfondre!» déclare une assistée sociale aujourd'hui traiteure renommée pour la qualité des mets qu'elle offre à sa clientèle.
En regardant autour de soi, combien trouverait-on de femmes qui ont ainsi opéré un salon de coiffure dans leur sous-sol ou ouvert une garderie dans leur maison? D'autres ont offert des services dans leur champ de compétence: secrétariat, couture, graphisme, communications, soins de santé... Gagner sa vie, assurer son avenir, contribuer aux charges familiales, améliorer la qualité de vie des siens, l'aspect économique ne sera jamais étranger au choix de devenir entrepreneure.
D'autres verront plus grand. Elle quitteront un emploi où elles ne sont pas suffisamment payées et voudront tirer un meilleur profit de ce qu'elles savent faire et de leurs talents. Elles voudront exploiter au maximum les relations professionnelles qu'elles ont tissées. Elles tenteront de bâtir quelque chose à transmettre à leurs enfants, assurer leur éducation afin qu'ils partent du bon pied dans la vie. «Nécessité fait loi» dit le dicton exprimant à juste titre l'importance de l'aspect économique comme motivation pour s'investir dans le lancement d'une entreprise.
Cette autre motivation sera souvent à l'origine de la décision de laisser un emploi pour partir à son compte. Parce que les horaires rigides ne conviennent plus à la jeune maman, que les exigences d'une patronne ou d'un patron sont devenues insupportables, que les conditions de travail: horaires, déplacements se sont détériorées, que les relations avec les compagnes et compagnons de travail sont décevantes...
Une plus grande emprise sur les méthodes de travail, sur l'aménagement des locaux, sur la possibilité de gérer à sa convenance le temps de travail amèneront plusieurs personnes à laisser un emploi pour bâtir leur propre affaire qu'elles géreront selon leurs valeurs propres et les méthodes de leur choix.
Pour d'autres, partir une entreprise sera une occasion de changer de milieu, une opportunité de choisir l'endroit où l'on veut vivre, travailler et élever sa famille. Par exemple on installera son entreprise dans le lieu de son choix, on en profitera pour aller vivre à la campagne ou en banlieue... La technologie actuelle (transports, ordinateurs, télécopieur...) offre une grande flexibilité. Toutes ces raisons favoriseront une chose: améliorer sa qualité de vie au travail, son environnement professionnel et, par la même occasion, sa qualité de vie personnelle et familiale.
Le goût de se lancer en affaires permettra parfois de travailler dans un champs d'activité nouveau, qui répond mieux à ses goûts. Ainsi une passionnée de jardinage pourra se perfectionner dans ce domaine et partir son entreprise d'aménagement paysager. Une comptable, mal payée, partira son propre bureau après avoir laissé une firme dont le succès reposait pourtant sur ses compétences.
La création de sa propre entreprise permettra de réaliser une ambition qui tient à coeur, d'exploiter à fond son expertise, d'utiliser ses compétences, de miser sur son propre potentiel, d'atteindre une plus grande réalisation personnelle.
Deux jeunes avocates qui s'entendent bien laisseront leur société pour fonder ensemble leur bureau. Deux cuisinières, mère et fille, laisseront leur emploi pour devenir traiteures et offrir une gamme de produits à l'intention des personnes adeptes de végétarisme. Deux amies chômeuses, spécialistes en communication, partiront une entreprise qui se spécialisera dans les services aux associations à but non lucratif...
Des couples feront le choix de travailler ensemble. Une femme deviendra ainsi partenaire de son mari agriculteur. Un couple investira ses économies dans une entreprise de production de meubles et chacun y occupera l'emploi qui lui convient. Quelle que soit la manière de choisir ses associés et associées, ses partenaires de travail, la création d'une entreprise réunira des personnes prêtes à réaliser une ambition commune, à partager un même rêve.
Quelques personnes auront à prendre la relève d'une entreprise familiale déjà existante: entreprise de production, commerce, ferme familiale. Les réticences sont moins grandes aujourd'hui à transmettre à une femme une entreprise développée par le père. Et puis, peut-être que dans l'avenir les raisons commerciales «mère et fille» deviendront aussi nombreuses que l'ont été celles qui affichaient «père et fils».
De la nécessité économique aux obligations familiales, les raisons de partir une entreprise sont multiples. On en a imaginé quelques-unes, il en existe certainement d'autres. Dans tous les cas, cette raison sera assez impérieuse pour pousser à l'action et oser se lancer dans cette aventure.
Percer dans un monde d'hommes n'est pas donné à toutes. Pourtant, les femmes sont de plus en
plus nombreuses à faire leur chemin dans tous les milieux, incluant les grandes entreprises. Par
exemple, c'est une femme, Maureen Kempston Darkes, qui est présidente de Général Motors Canada,
la première entreprise au pays selon le chiffre d'affaires. De nombreuses autres occupent des
postes de premier plan dans des entreprises présentes au Québec. Parmi elles on retrouve:
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Micheline Charest
Louise Roy
Martine Corriveau-Gougeon
Monique Lefebvre
Micheline Bouchard
Louise Léonard
Madeleine Saint-Jacques
Madeleine Paquin
Suzanne Blanchet
Suzanne Leclair
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Je veux parler à votre patron...«Dans les années 1970, certains des hommes qui m'appelaient demandaient à parler à mon patron... même après leur avoir dit que c'était moi, la patron» a confié aux Affaires Martine Corriveau-Gougeon, présidente de Télébec, filiale de BCE |
Derrière ces noms, il y a tout un cheminement, une histoire professionnelle. Ces femmes ont osé. D'autres encore, dont la réputation n'est plus à faire ou qui sont moins connues, ont, elles aussi, poursuivi leur rêve en se lançant en affaires.
Elle dirige depuis 1989 Groupe maritime Verreault, une entreprise qui regroupe six filiales spécialisées dans le dragage, le transport maritime du pétrole en vrac ainsi que la construction et la réparation de navires. Elle travaille en étroite collaboration avec son mari. Denise Verreault a hérité de l'entreprise familiale. «Lorsque j'ai débuté, raconte-t-elle, je n'ai eu ni messages, ni conseils de la part de personne. Je n'avais même pas de connaissances dans le domaine des affaires. J'ai joué ça avec mes tripes. J'ai parfois bouleversé des façons de faire. Mais la manière dont les contrats étaient obtenus et gérés, la relation avec le client, moi je considérais qu'il fallait que ça se fasse d'une certaine façon. Même si ça se faisait autrement ailleurs.»
Entreprendre, La réussite dépend de chacune, Jean-Louis Marcoux, numéro spécial 1996.
Au décès de son père en 1976, elle se voit confier la direction de l'entreprise créée par ses parents, plus de 25 ans plus tôt. Du magasin d'électro-ménagers qu'il était, son commerce est maintenant composé de trois grands magasins de meubles contemporains, réputés autant pour leur qualité que pour leur esthétisme et leur confort, situés dans la région montréalaise. Chaque année, elle visite différentes foires du meuble à travers le monde afin d'y répérer les articles destinés à ses clients. Elle offre ainsi du meuble représentatif de notre pays et de l'industrie à travers le monde.
Notes transmises par Nicole Gravel de Mariette Clermont, meubles, services administratifs.
Jeune femme, elle voulait être journaliste. Elle s'est longtemps heurtée au refus des hommes qui refusaient de la prendre au sérieux... «J'ai travaillé gratuitement pour faire mes preuves»... Elle a commencé à écrire pour les quotidiens et pour la radio. Sa présence sur nos écrans suit l'histoire même de la télévision québécoise. Reconnaissant être une PME à elle toute seule, l'auteure gère elle-même ses contrats. C'est par le travail qu'elle se sent vivre. Écouter, aimer, ne pas juger, croire en la bonté fondamentale de l'être humain sont ses grandes valeurs de vie.
Entreprendre, Entreprendre a rencontré ces femmes... numéro spécial 1996.
Elle a mis sur la carte de plusieurs pays du monde sa compagnie Les services cartographiques LSC 2+1, fondée avec son mari. Elle est présidente de cette entreprise de haute technologie oeuvrant dans le développement de logiciels spécialisés dans l'édition cartographique. «Mon mari et moi avions suffisamment d'informations sur cette industrie pour savoir qu'il y avait un virage technologique qui se dessinait. Cela m'a conduite à chercher des mécanismes de soutien, afin de bien nous positionner sur le plan stratégique... On n'a rien sans peine. Il faut donc être prêtes à mettre l'énergie et le temps nécessaires pour réussir. Il faut aussi, simultanément, avoir assez d'humilité pour apprendre et suffisamment de confiance en soi pour ne pas renoncer en chemin... Aux jeunes, je suggère de penser grand, dès le début. Cela a été une des clés de notre réussite.»
Entreprendre, Penser d'abord, agir ensuite, Jacques Janson, numéro spécial 1996.
En novembre 1995, sa situation semblait désespérée. À 45 ans, elle décidait de vaincre le chômage en créant sa propre entreprise. Elle fonde alors Lumières en fête, une entreprise spécialisée dans la décoration d'arbres de Noël extérieurs et dans la location et l'installation de décors lumineux... Danielle Chamberland n'est pas une entrepreneure ordinaire. Elle l'avoue sans gêne, les histoires d'argent et de chiffres ne la passionnent pas. Elle privilégie les contacts humains et se sent comme un poisson dans l'eau lorsqu'elle s'entretient avec un client potentiel. «Je ne travaille pas, je m'amuse». Elle est maintenant «à la tête d'une équipe composée d'une dizaine d'employées et employés pendant les périodes les plus achalandées et d'une représentante à Trois-Rivières, et avec des projets d'expansion pour la région de Montréal.»
Coup de pouce, Danielle Chamberland, marchande de lumières, Jacynte Deslauriers, janvier 1997.
Ces femmes et toutes celles qui, comme elles, percent à la tête d'entreprises qu'elles soient grandes ou petites, ouvrent la voie à d'autres femmes. Elles contribuent à faire tomber les préjugés dans leur milieu, auprès de leurs collègues et démontrent que les femmes ont une place à prendre dans le domaine des affaires.
Selon une étude parrainée par la Banque de Montréal, «les femmes dirigent une entreprise sur trois au pays, créent quatre fois plus d'emplois que la moyenne canadienne, et leur nombre croît deux fois plus vite.
Le nombre d'entreprises dont le président, le propriétaire, le copropriétaire, le chef de direction, le président du conseil ou l'associé est une femme est supérieur à 700 000, soit environ le tiers (30,3%) du total des entreprises canadiennes. Elles procurent du travail à 1,7 million de Canadiennes et Canadiens, soit 200 000 de plus que ne le font les 100 plus grandes entreprises du pays»1.
Les Québécoises, toujours selon cette étude, ne sont pas en reste. Si l'on compare les entreprises dirigées par des femmes par rapport aux autres entreprises, leur nombre a augmenté de 25,3% à 30,4% entre 1991 et 1994, soit la plus forte croissance au pays pour cette période.
À 30,4%, le Québec est au 3e rang parmi les provinces canadiennes, derrière l'Alberta à 33,2% et la Colombie Britannique à 32% en matière d'entreprises dirigées par des femmes.
«On retrouve les femmes dans tous les secteurs d'activité et elles délaissent de plus en plus ceux de la vente au détail et des services personnels pour des secteurs non traditionnels» 2 .
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Propriétaires d'entreprises canadiennes,
secteur privé (entreprises constituées et travailleurs indépendants):
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Entreprises dirigées par des
femmes, comparativement à l'ensemble des entreprises:
1991 25,3%
Emplois générés par les entreprises dirigées par des femmes: 1991 315 200
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Coup de pouce, mars 96, p.23
Selon Le premier guide annuel du financement des PME canadiennes, une PME sur cinq est détenue exclusivement par une femme, alors que 27% des entreprises sont propriété conjointe d'un couple.
La définition d'une PME n'est pas clairement établie. Encore moins la démarcation entre la moyenne et la petite. En réalité, les définitions varient selon les programmes gouvernementaux et les institutions qui réalisent des études économiques.
Quelques définitions
Quelle que soit la manière dont on la définit, une constatation s'impose: y a une réelle percée des femmes entrepreneures dans les PME. Josée Goulet, présidente de Bell Global Solutions déclare: «C'est là un secteur très important où les femmes doivent prendre leur place...»3 . Et la petite, la très petite ou la microentreprise semblent les lieux de prédilection pour un grand nombre de femmes entrepreneures.
Faut-il posséder des qualités rares? Un don spécial? Les Québécoises, tout au long de leur histoire, ont fait montre de beaucoup d'initiative et de créativité pour vaincre un climat rigoureux, pour pourvoir aux besoin de leurs nombreuses familles dans un contexte de pauvreté généralisé, pour prendre la relève de maris partis dans le bois plusieurs mois par année... Déjà ces femmes ont démontré leurs qualités d'entrepreneures.
En jetant un regard dans le passé, force est de reconnaître que les premières femmes, fondatrices de notre coin de pays, ont été plutôt débrouillardes. Sans elles, le Québec d'aujourd'hui ne serait pas ce qu'il est. «Pour survivre, et souvent pour compenser l'absence de leurs maris, elles construisent les maisons, coupent le bois, défrichent le sol, manient les armes, éduquent, dirigent et surtout gèrent les biens familiaux. Elles le font discrètement mais brillamment.
Laïques ou religieuses, elles sont de redoutables chefs d'entreprises ces Hospitalières de la Miséricorde de Jésus qui fondent l'Hôtel-Dieu de Québec, cette Marie de l'Incarnation qui établit la congrégation des Ursulines et rédige avec les Jésuites la constitution de la Nouvelle-France, l'illustre Jeanne-Mance qui construit l'Hôtel-Dieu de Montréal, Marguerite Bourgeois et sa Congrégation de Notre-Dame, Marguerite d'Youville qui sauve de la faillite l'Hôpital Général de Montréal.
Nous leur devons tous les services de santé, tous les services d'éducation, tous les services de «prise en charge des bénéficiaires», comme on les qualifie dans notre affreux jargon bureaucratique»4.
Très actives pour contribuer à la survie de leurs familles, les femmes ont également collaboré à la bonne marche de la ferme familiale. Elles ont cependant été moins présentes dans les affaires et reprennent, depuis, le retard pris dans ce secteur d'activités.
La revue d'affaires Entreprendre a publié en 1996 un numéro spécial consacré aux femmes. Son thème décrivait particulièrement bien les femmes entrepreneures: femmes de tête, femmes de coeur, femmes d'action. Ce numéro voulait démontrer que la présence des femmes est plus que jamais un facteur dynamique d'avancement de notre collectivité. «Ce sont des ressources dont la société s'est longtemps privée et qui, aujourd'hui, lui permettront d'être encore plus productive» pouvait-on lire sous la plume d'Edmond Bourque qui signait l'éditorial de ce numéro.
Cent portraits de femmes y sont présentés. Plusieurs d'entre elles ont souligné des caractéristiques, propres aux femmes, qui leur permettent de se consacrer aux affaires et d'y réussir. Voici quelques extraits de ces témoignages qui mettent en évidence les qualités et façons de faire qu'on reconnaît comme étant propres aux femmes et qui contribuent à caractériser leur leadership et leur entreprenariat.
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Les femmes ont une toute autre façon de travailler. Elles
sont beaucoup plus consciencieuses. Elles rassemblent tout le
monde autour d'une table pour discuter. Je crois qu'elles
pratiquent une gestion beaucoup plus horizontale que verticale;
elles essaient de comprendre l'ensemble d'une question au lieu
de s'orienter directement sur une piste ou
l'autre...
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La façon des femmes de résoudre les problèmes est plus
souple. Elles se figent moins dans des principes à respecter. C'est
un mélange d'intuition et de rationalité. Sur le plan de la
société dans son ensemble, cela peut se traduire par des
valeursde partage, notamment la notion de travail partagé.
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Les femmes sont généralement plus concrètes; les hommes,
eux, ont une intelligence plus conceptuelle, qui leur fait oublier
la dimension humaine des problèmes. Les femmes ont une
approche réaliste qui leur permet de trouver des solutions plus simples.
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Les femmes sont généralement plus portées que les hommes
à tenir compte de la dimension humaine dans les relations
de patrons à employés. De cette prise en considération des
besoins individuels, il résulte un meilleur équilibre entre la
vie professionnelle et la vie familiale des employés. Si une
présence significative des femmes influe sur le style des entreprises,
ces dernières modèlent, pour leur part, le visage de la société.
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À l'inverse des hommes, les femmes gèrent d'une façon
plus pragmatique, plus humaine, avec une vision à plus long
terme. cela tient sans doute au fait que les femmes partagent
leur pouvoir et leurs responsabilités.
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Les femmes rendent le milieu de travail plus humain.
Elles savent ce que c'est d'avoir des problèmes de
gardienne, d'enfant malade et elles comprennent l'importance des
horaires plus flexibles, des congés pour les besoins familiaux. Et
je pense que les femmes sont, en général, plus prêtes à
prendre des risques, à faire preuve de créativité et d'imagination.
En plus, elles sont d'excellentes administratrices, ayant
géré, depuis le début des temps, l'espace familial.
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Les femmes règlent plus facilement les problèmes parce
qu'elles savent composer; les femmes ont plus d'aptitude à accepter
le compromis, elles privilégient les solutions à l'amiable. Elles
ne tiennent pas à gagner ou à perdre à tout prix.
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Les femmes ne souhaitent pas le pouvoir pour lui-même ni
pour grossir leur ego mais pour accomplir des choses et obtenir
des résultats.
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Dans les entreprises, la mise au rancart de la
hiérarchie verticale traditionnelle, la participation accrue des
employés au processus de décision, les efforts investis dans la
formation pour améliorer le rendement, la volonté nouvelle d'écouter,
de recevoir des suggestions, toutes ces façons récentes de
diriger me semblent bien correspondre à une approche qui
s'inspire aussi des valeurs féminines... On s'éloigne du modèle
classique du décideur qui sait tout, qui détient la vérité absolue, et
qui donne des ordres à sens unique.
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Les femmes sont en général beaucoup plus acharnées que
les hommes dans leur travail. Elles sont souvent plus organisées
et plus efficaces: elles ne peuvent se permettre de perdre
leur temps (elles en ont peu à cause des obligations familiales).
Elles sont aussi plus directes dans leurs relations au travail.
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Que révèlent ces témoignages? Plusieurs mettent en évidence les mêmes caractéristiques qu'on attribue au mode de gestion des femmes. Évidemment, toutes les femmes entrepreneures ne répondent pas nécessairement à cette description. Cependant, on risque de retrouver les caractéristiques suivantes chez un grand nombre d'entre elles:
Une gestion participative - partage du pouvoir
On entend par là que les femmes sont plus à l'aise avec une prise de décision partagée: elles rassemblent tout le monde autour d'une table, elles savent écouter, recevoir des suggestions plutôt que dans l'habitude traditionnelle de donner des ordres à des subordonnés, ce qu'on appelle la hiérarchie verticale traditionnelle. Les femmes ne tiennent pas à gagner à tout prix, elles ne souhaitent pas le pouvoir pour le pouvoir.
Humanisme - conciliation vie familiale et travail
Dans l'organisation du travail, les méthodes utilisées, les femmes sont réputées pour tenir compte davantage de l'aspect humain à divers égards: «prise en considération des besoins individuels du personnel, souci de l'équilibre entre la vie professionnelle et la vie familiale, elles connaissent les problèmes de gardiennes, d'enfants malades, elles comprennent l'importance des horaires flexibles, des congés parentaux...»
Qualités en regard du travail
Consciencieuses, organisées, pragmatiques, acharnées dans leur travail, visionnaires ces autres caractéristiques citées démontrent que les femmes n'hésitent pas à mettre la main à la pâte, qu'elles effectuent leur part de travail soigneusement et avec méthode, tout en sachant être visionnaires et relever les défis qui se présentent.
Les qualités que possèdent les femmes sont appréciables pour devenir entrepreneures. Leur succès réside peut-être justement dans ces qualités. Aussi la dernière chose à faire, c'est de vouloir imiter les hommes. Et puis, qu'on soit une femme ou un homme, il y a un préalable qui doit être présent et c'est un chef d'entreprise qui le souligne. La base de la réussite? C'est «La passion à 100%, comme celle du peintre ou du musicien. Encore faut-il la nourrir quotidiennement du goût du risque calculé, accepter, en somme, de vivre avec le stress de l'inconnu qui mène souvent aux plus hauts sommets... Relevons nos manches et ayons le coeur de travailler aussi fort que nos parents pour atteindre nos objectifs»5.
Et les embûches ?
Les femmes semblent bien avoir tout ce qu'il faut pour se lancer en affaires et leur façon de gérer est appréciée. Cependant, parce qu'elles sont des femmes, les entrepreneures se heurtent aussi à des embûches qui leur sont propres et les difficultés auxquelles elles ont à faire face sont bien réelles.
Des femmes qui ont réussi ont identifié des embûches qu'elles ont dû surmonter. Plusieurs sont rapportées dans divers articles de la revue Entreprendre, dans son numéro spécial Femmes de tête, femmes de coeur, femmes d'action, publié en 1996.
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Les femmes de carrière sont obligées de mener une double
vie: de famille et carrière. Oui, j'admets que les hommes ont
changé, que les mentalités ont évolué. Ils participent plus à la vie
de famille. Mais ils ne l'assument pas dans une
proportion significative. C'est sans doute ce qui explique la percée
des femmes dans les PME, mais non dans la grande entreprise
ou en politique. Parce que les tâches qu'elles assument
leur laissent suffisamment d'espace, de temps à elles, pour
organiser, planifier les deux.
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Une plus grande scolarité, l'avènement de la pilule, le
phénomène des garderies sont autant de facteurs qui ont permis à la
femme de poursuivre sa carrière.
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La contraception a permis aux femmes de gérer leur vie et
de mettre fin à l'odieux choix famille-carrière où l'un
exclut nécessairement l'autre... Le pouvoir, c'est la capacité
d'aller chercher dans son environnement ce qu'on veut. Les
femmes ont toujours eu beaucoup de pouvoir mais elles
l'exerçaient plus sous la forme d'influence. Or le pouvoir dans le monde
du travail, ce n'est pas seulement un pouvoir d'influence, c'est
un pouvoir d'action directe, ce qui exige beaucoup d'assurance
et de confiance en soi. Les femmes n'ont pas encore
totalement intégré ce type de valeurs.
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Les femmes jouent gagnant en se scolarisant
suffisamment... Elles doivent être prêtes à faire des sacrifices: oui, il
leur faudra faire des compromis en matière de vie familiale;
oui, elles auront du mal à atteindre l'équilibre parfait.
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Je dis que le milieu des affaires ne fait de cadeaux à
personne! Les femmes doivent travailler, démontrer ce qu'elles
sont capables de faire, et ne pas hésiter à relever des défis. On
a toujours inculqué aux hommes l'idée de confiance en soi.
Cet enseignement valable s'adresse également aux femmes.
Le temps que les femmes mettront à accéder au véritable
pouvoir coïncidera avec celui qu'elles prendront pour
acquérir collectivement confiance en elles.
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Si les entrepreneures sont si peu nombreuses et
rencontrent autant de difficultés, c'est sans doute parce qu'il existe
encore de la discrimination de la part des institutions financières à
leur égard.
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Des embûches auxquelles les femmes sont confrontées ressortent clairement de ces témoignages. Voyons les principales, celles qui risquent de se transformer en difficultés pour les femmes entrepreneures.
La maternité et les responsabilités familiales
Ces deux aspects constituent des valeurs primordiales pour une grande majorité de femmes car elles sont encore peu nombreuses celles qui y renoncent pour se consacrer uniquement à leur vie professionnelle ou au succès de leur entreprise. Toutes les autres doivent apprendre à composer avec leurs doubles responsabilités. Elles tenteront un meilleur partage avec leur conjoint, leurs enfants, leur entourage au travail. Mais la plupart devront faire des prouesses pour réussir tant bien que mal à assumer tout ce que leurs familles attendent d'elles en même temps qu'elles feront des efforts pour atteindre une réussite professionnelle. Ces responsabilités auxquelles elles doivent faire face auront cependant pour conséquence de rendre les patronnes plus humaines et compréhensives à l'égard des besoins exprimés par leur personnel.
Le cruel dilemme famille-carrière n'est pas résolu. Celles qui veulent réussir dans les deux sphères doivent démontrer beaucoup d'ingéniosité, faire preuve d'une grande capacité de planification et surtout, elles ne doivent pas craindre le travail qui les attend. Une évolution dans les habitudes de travail est à souhaiter et peut-être que les femmes entrepreneuresjoueront un rôle important pour améliorer la situation.
Pour toutes les femmes, il y a aussi un rôle à jouer pour atteindre un meilleur partage avec les hommes de tout le travail invisible au foyer, auprès des enfants et des autres personnes qui requièrent des soins. Les femmes ont augmenté leur part de responsabilités pour assurer la survie économique de la famille, en contrepartie, les hommes ont très peu augmenté leur participation aux travaux domestiques. Une plus grande équité en ce domaine favoriserait certainement les femmes et rendrait leur vie plus facile et mieux équilibrée.
Type de travail non rémunéré
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pourcentage Travail domestique Préparation des repas Nettoyage Soins des vêtements Réparation et entretien Autres travaux Aide et soins Gestions et courses Déplacements Autre travail rémunéré |
1961 / 1971 /1981 / 1986 / 1982 71,6 / 71,1 / 69,8 / 73,0 / 66,9 82,5 / 81,4 / 80,1 / 81,7 / 76,0 69,1 / 71,5 / 71,8 / 72,8 / 78,6 95,2 / 94,7 / 94,1 / 93,9 / 92,0 29,4 / 28,0 / 26,8 / 34,5 / 25,5 44,2 / 46,1 / 46,6 / 51,4 / 56,2 74,5 / 74,5 / 73,8 / 73,2 / 71,8 58,9 / 59,1 / 59,6 / 57,1 / 60,8 50,9 / 52,4 / 53,1 / 56,0 / 58,0 54,6 / 55,3 / 56,2 / 63,1 / 57,1 |
Statistique Canada, Travail non rémunéré des ménages: mesure et évaluation
La confiance en soi
Cette qualité mérite d'être développée dans la formation des femmes pour qu'elles deviennent plus conscientes de leurs forces et qu'elles reconnaissent à bon escient leurs aptitudes. Une telle confiance est nécessaire pour faire confiance en son propre jugement dans l'analyse des situations et pour être capables de passer à l'action sans hésitations nuisibles et sans regret. Les barrières créées par le manque de confiance en soi ou d'assurance reculeront avec une formation adéquate et l'expérience.
La formation
De plus en plus, les embûches à ce sujet s'estompe. Les efforts pour améliorer la formation des filles portent fruit leur ouvrant la porte à de nombreux champs d'activités déjà familiers aux femmes ainsi qu'à d'autres, non traditionnellement investis par elles. Au primaire et au secondaire, les filles réussissent généralement mieux que les garçons. Elles sont aussi nombreuses qu'eux, inscrites à l'université, dans des programmes de baccalauréat. Cependant des différences significatives demeurent aux autres niveaux de maîtrise et du doctorat. On ne s'étonne plus de la présence des femmes dans des domaines scientifiques ou dans des métiers comme l'électronique, l'ébénisterie, le génie civil... Pourtant, elles y sont encore en petit nombre et, malgré la satisfaction de celles qui ont choisi d'y faire carrière, leur progression y est très lente. Et les femmes continuent d'être majoritaires dans les métiers et professions comme les soins personnels, l'enseignement, le travail de bureau. Une meilleure formation générale et professionnelle sera toujours un atout pour celles qui se lancent en affaires.
Le sexisme financier
Pour partir en affaires, il faut de l'argent. Habituellement les femmes en ont peu à investir. Leurs demandes adressées aux organismes qui accordent des subventions et aux institutions bancaires ne reçoivent pas toujours la considération qu'elles méritent.
Une étude, Le sexisme financier, réalisée par la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) révèle que «Chez les femmes et les hommes ayant des entreprises de mêmes caractéristiques, le taux de refus de financement est plus élevé chez les entrepreneures. La discrimination observée se traduit en taux d'intérêt plus élevés». La FCEI n'y va pas de main morte dans sa conclusion en exhortant les institutions financières à se mettre à l'heure du jour: «À l'aube du 21e siècle, le phénomène de la femme entrepreneure ne relève pas de la marginalité et surtout mérite un traitement équitable et honnête»6.
Les difficultés liées au sexisme financier finiront bien par s'estomper avec l'accroissement du nombre de femmes qui réussissent dans les entreprises. Des efforts spéciaux de sensibilisation auprès des responsables de cette discrimination ne peuvent qu'être bénéfiques pour amener un changement dans les pratiques existantes. Des regroupements pour défendre les droits des femmes entrepreneures ainsi que des programmes de financement spécifiques à leur intention représentent des mesures utiles pour apporter les changements nécessaires souhaités.
Au départ, il y a d'abord une idée et, qui plus est, une idée vendable, c'est-à-dire qui répond à un besoin et pour laquelle il y aura de la demande. De tout temps, les femmes ont été habiles à gérer les besoins quotidiens de leurs proches. Ce ne sera pas étonnant alors de les voir se lancer en affaires dans des domaines qui répondent aux besoins des personnes.
L'alimentation offrira toujours de nombreuses opportunités. Madame Vachon a bâti sa renommée en commercialisant les petits gâteaux qu'elles cuisinait pour faire vivre ses nombreux enfants. Et combien de femmes sont traiteures, d'autres sont devenues fabricantes de chocolats fins, d'autres se sont spécialisées dans la formation: cours de cuisine, alimentation-santé, cuisine au micro-ondes, etc. D'autres encore opèrent un restaurant, un marché d'alimentation ou un dépanneur... Les possibilités d'entreprises construites autour de l'alimentation sont fort variées!
La production de vêtements, les soins personnels comme la coiffure et les soins esthétiques offrent également de nombreuses opportunités dans des domaines où il y aura toujours de la demande! Plusieurs femmes ont fait leur marque dans la fabrication de produits de beauté. Au Québec, Lise Wattier est bien connue. Plus près de nous, des femmes gèrent des réseaux de distribution à domicile de produits de beauté ou de vêtements qui sont de véritables petites entreprises. Qui ne connaît pas les compagnies AVON et Relance?
Des services, indispensables dans une communauté, donnent lieu à la mise sur pied de véritables petites entreprises qui sont souvent crées et gérées par des femmes: garderies d'enfants, résidences pour personnes âgées, centres d'accueil pour personnes non autonomes, maisons de convalescence, services de repas à domicile à l'intention des personnes malades, âgées... La liste pourrait être longue... Ces entreprises répondent à des besoins souvent criants et font appel à des aptitudes et une expertise que plusieurs femmes possèdent.
D'autres entreprises sont formées à partir d'une formation spécialisée, de connaissances techniques: informatique, graphisme, relations publiques, comptabilité, assurances, immobilier, etc. Sans parler des femmes artistes qui assurent la production et la mise en marché de leurs propres oeuvres. Jeannette Bertrand et Lise Payette sont des exemples bien connus d'auteures qui produisent leurs propres oeuvres, constituant ainsi de véritables entreprises par elles-mêmes.
Les agricultrices prennent leur place dans la gestion des entreprises familiales. Actuellement, «Plus de la moitié des étudiants de l'ITA (Institut technique agro-alimentaire) de la Pocatière sont... des étudiantes»7. La Fédération des agricultrices du Québec et l'Association canadienne des partenaires en affaires les regroupent et défendent leurs intérêts.
Parfois la production d'un bien sera à l'origine d'une entreprise. Une Montréalaise, Marguerite Massicotte, a mis au point, après plusieurs années de recherche, un produit qui, appliqué sur le rouge à lèvre, l'empêche de laisser des traces. Magic Kiss est maintenant disponible dans 35 pays.
Pour sa part, Micheline Desbiens vit de l'aide sociale quand elle commence ses expériences et ses démarches qui l'ont amené à développer une pâte à modeler à saveur naturelle, biodégradable, aux teintes pastelles et odeurs de fruits frais. Sa pâte à modeler Tutti Frutti a été vendue par la compagnie Bô-Jeux de Montréal, dans une trentaine de pays, pour plus d'un million de dollars en 1996.
Des travailleuses se sont regroupées pour former une coopérative de travailleuses de confection de vêtements Quatre Saisons Saint-Tite. Cette coopérative, qui fonctionne depuis plus de douze années, est aujourd'hui citée comme une des histoires à succès du monde de la coopération du travail au Québec. Son histoire est typique: «Des travailleurs contraints au chômage se réunissent, évaluent leurs capacités et décident de former une entreprise qu'ils contrôlent entièrement. La formule est séduisante: plutôt que d'attendre le messie (un entrepreneur), le travailleur crée son emploi en misant sur la force du groupe.
Il faut toutefois dire que la formule des coopératives de travailleurs ne connaît pas tout le rayonnement espéré. Selon les derniers chiffres disponibles (1994) au ministère de l'Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie (MICST), le Québec comptait 170 coopératives de travail pour un total de 7 800 membres et un chiffre d'affaires de 300 millions de dollars. En 1990, il y avait... 168 coopératives de travail!»8. Le développement de cette formule est plutôt lent... Pourtant, elle offre peut-être une alternative qui mérite d'être explorée pour démarrer une entreprise.
Des Coopératives de développement régional (CDR) offrent une foule de services pour faciliter le démarrage et la gestion quotidienne des coopératives. Pour connaître la CDR de votre région, appelez au Conseil québécois du regroupement des CDR au 418 687-4097 ou au 1 800 667-1354
En réalité, l'imagination n'a pas de limite pour suggérer des idées d'entreprises. Les besoins quotidiens, les habitudes de vie, les jeux, les loisirs, les sports ouvrent la porte à la fabrication, à la mise en marché, à l'entretien d'un nombre illimité de produits.
Les services spécialisés - communication, entretien ménager, soins infirmiers... - offrent de nombreuses opportunités d'affaires. Actuellement, dans presque toutes nos villes ou villages, le virage ambulatoire a favorisé la mise sur pied de petites entreprises de soins infirmiers, soins personnels à domicile, entretien ménager, etc.
Des entreprises de production trouveront leur marché dans la sous-traitance. Par exemple, une compagnie produira des pièces à l'intention d'une autre compagnie de meubles. Au Québec, ce secteur serait en pleine évolution.
Les commerces de vente au détail sont bien présents dans nos communautés et intégrés dans nos modes de consommation: dépanneurs, supermarchés, boutiques de vêtements, d'articles de sport, de meubles, que deviendrions-nous sans eux? Ils constituent aussi un type d'entreprises où l'on retrouve souvent des femmes.
Dans le commerce et dans la restauration, on trouvera une autre forme d'entreprises: les franchises. Les Parfumeries dans un jardin sont bien connues. Dans la restauration, on en connaît plusieurs: A.L. Van Houtte, Monsieur Félix et Monsieur Norton. Les franchisés ne sont pas des entrepreneurs au sens strict du terme. Celui qui vend la franchise offre «une façon de faire, une formule de travail, une expertise que l'entrepreneur pourrait mettre des années à acquérir s'il volait de ses propres ailes»9.
En plus de la «bonne idée», il y aura une volonté de faire son chemin, de gagner sa vie, de réaliser un rêve, d'aller au bout de cette idée ou, au terme d'une recherche, le désir de partager un projet avec un conjoint, avec sa fille ou une amie...
Être entrepreneure, quels que soient la forme de l'entreprise, le bien produit ou le service offert, c'est une façon de gagner sa vie. En même temps, c'est une manière de marquer son appartenance à un milieu, de contribuer à son développement et au bien-être de ses concitoyennes et concitoyens. Même si elles rapportent de l'argent à leurs propriétaires, si elles sont à but lucratif, des entreprises offrent des services qui constituent un apport pour la société. Les garderies, maisons de convalescence répondent à des besoins précis pour les personnes qui acceptent de payer pour bénéficier de ces services. L'entreprise est soumise aux lois du marché, elle vit en autant qu'elle propose un produit qui répond à un besoin et que ce produit est accessible à une clientèle assez large pour lui permettre de vivre.
La plus brillante idée ne suffit malheureusement pas! Un conseiller oeuvrant dans une société d'aide aux jeunes entreprises trouve que «Pour lui, la valeur d'une idée d'entreprise est bien relative «le moment, l'endroit et la façon d'offrir un produit ou un service sont des facteurs très importants», précise-t-il»10.
Ici interviennent les aptitudes pour la gestion. De plus en plus de femmes ont une formation en administration ou en gestion des affaires. D'autres n'ont pas cette chance mais possèdent des aptitudes innées pour la gestion. D'ailleurs l'administration du budget familial n'est pas négligeable comme expérience. Le présent dossier n'a pas l'ambition de se transformer en marche à suivre sur les étapes à franchir pour démarrer son entreprise. Malgré tout, il est de mise de mentionner certaines étapes qui se révéleront fort utiles.
En janvier 1998, une cinquantaine de femmes d'affaires ont assisté au lancement du programme S'unir pour réussir, une initiative du réseau des femmes d'affaires de Laval. Pendant quatre mois, 12 jeunes entrepreneures de la région vont bénéficier des conseils et de l'expérience de leurs marraines. Nicole Beaudouin, pionnière et ténor du lobby des femmes d'affaires québécoises a assisté à l'événement. Mais elle croit que les femmes ont aussi leur bout de chemin à faire... «Elles ont des forces, mais elles ont encore certaines faiblesses à corriger». L'article propose des témoignages de femmes qui identifient ces faiblesses.
C'est une des principales faiblesses des femmes entrepreneures. Elles entretiennent encore une certaine pudeur vis-à-vis l'argent... Les plans d'affaires et les montages financiers demeurent du chinois pour plusieurs d'entre elles. La solution en vogue, c'est de s'entourer de professionnels.
Les femmes qui ont souvent à assumer plus de responsabilités familiales sont nettement désavantagées par rapport aux hommes sur ce plan. Non seulement manquent-elles de temps pour établir des contacts... elles n'utilisent pas toujours le peu de temps dont elles disposent à bon escient... Elles discutent d'enfants et de popote, quand elles devraient parler de leurs affaires.
Les femmes se laissent trop souvent intimider par eux... Ellers partent à la banque avec l'impression d'aller quêter... Elles devraient plutôt se dire qu'elles s'en vont permettre à ce gars-là de gagner son salaire.
Les femmes sont parfois trop franches... elles devraient laisser leur égo à la maison: elles prennent ça trop personnel quand elles essuient un refus.
Châtelaine, Les banques se méfient (encore) des femmes, Yves Thériault, mai 1998
L'étude de marché
L'étude de marché permettra de vérifier la validité de l'idée d'entreprise que l'on poursuit, la pertinence de sa localisation. Elle confirmera la justesse de notre intuition. On ne peut engager des frais, et orienter ses efforts dans un secteur sans savoir si on a une chance de réussite. Est-ce-qu'on penserait à ouvrir une garderie dans un quartier où il n'y a pas de jeunes couples ou dans un endroit très éloigné des milieux de travail? L'étude de marché permettra ces vérifications préalables.
Elle permettra aussi de mieux connaître le consommateur potentiel de son produit. Selon Faith Popcorn (qui a publié le fameux rapport Popcorn sur les tendances futures des consommateurs), «les consommateurs recherchent une «part d'égo» dans ce qu'ils achètent. Avec le «culte du moi», on privilégie l'individualisation, la différenciation, la fabrication sur mesure. Ces études ont de l'importance aussi bien pour la présentation du produit ou du service que pour l'ensemble de l'aproche à développer pour rejoindre la clientèle.
Le plan d'affaires
Le plan d'affaires définira pour sa part les différentes étapes du projet. Un peu comme on prépare, à l'AFEAS, des grilles d'activités pour réaliser certaines études ou des plans d'action pour préciser les engagements souhaités dans une limite de temps précise.
Le plan d'affaires permettra de préciser le projet, de situer le cadre juridique dans lequel l'entreprise évoluera, de décrire les caractéristiques des produits ou des services qui seront offerts. On y trouvera le curriculum vitae de son ou de ses propriétaires.
On y détaillera le plan marketing, les projections financières, le plan de production et d'exploitation, le plan des ressources humaines, les analyses du seuil de rentabilité, les sources de financement. En plus de constituer un guide pour le développement de l'entreprise, il servira à présenter le projet aux bailleurs de fonds.
La Fondation de l'entrepreneurship dispose de nombreux outils, dont le logiciel interactif Devenez entrepreneur - plan d'affaires. Pour l'obtenir, composer le 418- 646-5400 ou 1 800 661-2160.
Cet aspect, sans lequel l'entreprise ne peut voir le jour, complète la liste des trois ingrédients nécessaires pour se lancer en affaires: avoir une «idée vendable», une aptitude pour la gestion des affaires et... un peu d'argent.
En général, les entreprises créées par des femmes sont modestes à leur naissance. Elles feront parfois suite à un travail autonome qui a pris de l'ampleur et a nécessité l'embauche d'autres personnes. Ou, elles verront le jour par une production artisanale, réalisée dans le sous-sol de la résidence familiale ou dans un local modeste. Quelle que soit la manière de démarrer, des fonds sont nécessaires pour opérer. Ils proviendront des économies personnelles, de celles de proches qui accepteront de devenir partenaires. Et bien sûr les institutions financières, les divers programmes d'aide aux entreprises devront être sollicités.
Toutes ces étapes peuvent paraître bien complexes. Heureusement, de nombreuses ressources sont disponibles pour aider la future entrepreneure, enthousiaste à l'idée de partir en affaires.
L'institution financière de l'entrepreneure, caisse populaire ou banque, pourra donner des informations sur les étapes à franchir, fournir de la documentation pertinente, identifier les ressources locales qui peuvent être utiles et... du financement. Les associations de femmes d'affaires, les Chambres de commerce seront aussi des sources d'information de même que les instances régionales du ministère de l'Industrie, du Commerce, des Sciences et de la technologie. Les programmes d'entrepreneurship féminin sont actuellement moins nombreux, étant souvent disparus au profit de programmes à l'intention des entrepreneurs aussi bien féminins que masculins.
Au Québec, il existe au moins une douzaine de programmes gouvernementaux pour aider au démarrage d'entreprises où l'on pourra trouver conseils et soutien. La Banque fédérale de développement est très active dans ce secteur. Comme les programmes et les initiatives locales et régionales diffèrent d'une région à l'autre, il vaut mieux s'informer dans son milieu pour les connaître et pouvoir bénéficier des ressources existantes. Le service d'information sur le démarrage d'entreprises est accessible par téléphone. Dans la région de Montréal: 514 496-4636; hors de la région de Montréal: 418 643-1344 ou 1 800 363-1363.
La Banque de développement du Canada (BDC) offre un programme de formation: Femmes vers l'entrepreneurship qui propose 11 ateliers à celles qui veulent lancer leur petite entreprise. BDC: tél.: 1 888 463-6232.
Dans certains milieux, on trouvera des incubateurs d'entreprises. Ainsi à Montréal, le Centre d'entreprises et d'innovation de Montréal offre des services à quiconque désire démarrer une entreprise: conseils de gestion, pistes pour la recherche de financement, location d'espace commercial à prix modique... Des incubateurs semblables existent dans diverses villes du Québec.
Le ministère de la Sécurité du revenu propose le programme Soutien à l'emploi autonome qui prévoit une subvention salariale équivalente au salaire minimum pour au maximum une année et un prêt garanti variant entre 2 000$ à 7 000$ à la condition de prévoir générer des revenus suffisamment élevés pour quitter l'aide sociale à l'échéance.
Le Réseau des femmes d'affaires du Québec propose un comité d'aide à l'entreprise à leurs membres qui ont démarré leur projet depuis au moins six mois et qui ont en main un plan d'affaires dûment établi. Tél.: 514 845-4281.
La Fondation des femmes canadiennes accorde des subventions pour des projets de formation ou de développement visant à aider les femmes à faibles revenus à développer des microentreprises, soit à titre d'entrepreneure autonome, soit dans de petites coopératives ou de très petites entreprises. Pour recevoir de l'information, adressez sa demande à: Coordonnatrice des subventions au développement économique, la Fondation des femmes canadiennes, 133, rue Richmond ouest, bureau 504, Toronto (Ontario), M5H 2L3; Tél.: 416 365-1444; Télécopieur: 416 365-1732.
Avec la participation des institutions financières, le ministère de l'Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie a mis sur pied un groupe de travail (sept. 97) qui vise à former le Réseau québécois d'appui à l'entreprenariat féminin. Ce programme devrait être destiné à fournir aux femmes désireuses de se lancer en affaires, les mêmes chances et les mêmes conditions qu'aux hommes en terme d'accès au financement, au capital de risque, aux réseaux d'influence, à l'information et aux postes stratégiques.
Le mouvement Desjardins offre un programme à l'intention des travailleurs autonomes dans les caisses populaires. Ce programme propose du soutien technique aux travailleurs ainsi que des avantages financiers: financement, possibilité d'adhérer à des régimes d'assurances collectives....
La Fondation de l'entrepreneurship est toujours très active pour mousser l'importance de l'entrepreneurship. Elle organise des activités: colloques, ateliers sur le sujet et diffuse de la documentation très pertinente. Coordonnées: 160 - 76e rue est, bureau 250, Charlesbourg, G1H 7H6. Il est possible d'obtenir le vidéo Un temps nouveau L'entrepreneure au féminin (50$) au numéro de téléphone 418 646-5400 ou 1 800 661-2160.
Pour les jeunes, de nombreuses SAJE (Société d'aide aux jeunes entrepreneurs) offrent du soutien aux jeunes entrepreneurs. Cherche SAJE dans la section Entreprises, du bottin téléphonique local.
La Société d'investissement jeunesse (SIJ) peut appuyer le financement de projets et apporter aux jeunes (18-35 ans) le soutien requis. Elle est soutenue par diverses institutions, dont le mouvement Desjardins. Pour renseignements: 514 875-8674. Desjardins favorise aussi la création de réseaux d'entraide aux jeunes entrepreneurs: la Société d'aide aux réseaux d'entreprises jeunesse (SAREJ). Pour renseignements: 418 877-6803.
Les activités parascolaires organisées par Les jeunes entreprises du Québec offrent une bonne occasion de s'initier aux affaires. Au Québec, huit organismes de ce genre dans autant de régions, suscitent la participation de plus de 2 250 jeunes qui forment chaque année plus de 150 mini-entreprises. L'Association des clubs d'entrepreneurs étudiants (le siège social est au Cégep de Drummondville) regroupe pour sa part 27 clubs qui ont pour objectif d'informer les étudiantes et les étudiants sur le monde des affaires.
Une idée, des habiletés en gestion, de l'argent, est-ce tout ce qu'il faut pour démarrer une entreprise? Peut-être, mais les chances de réussite augmentent grandement si les entrepreneures possèdent d'autres qualités qu'une étude réalisée par la Faculté des Sciences de l'administration de l'Université Laval sur le sujet a mises en évidence: "Ce qui nous a frappés lorsque nous les (400 propriétaires dirigeantes de la région de Québec) avons rencontrées, ce sont le courage et la ténacité dont elles ont eu à faire preuve pour réussir, mais aussi la naïveté propre à ceux qui se lancent dans un projet d'envergure"11.
Fonder une entreprise, on s'en doutait déjà, n'est pas une sinécure, il ne faudra pas compter ses heures de travail... Qu'y cherche-t-on et, surtout, qu'y trouve-t-on? Les considérations matérielles ne sont pas à dédaigner: gagner sa vie, aménager une installation à sa convenance... Mais il semble y avoir encore plus... Être libre de ses choix, aller au bout de ses rêves, réaliser ses ambitions sont souvent à l'origine de la démarche.
Actuellement, les femmes entrepreneures ont le vent dans les voiles. Leur nombre augmente sans cesse et leurs chances de succès sont bonnes. Ainsi, d'une manière moins traditionelle que par leur apport à la famille, ces femmes participent activement à la croissance économique et au mieux-être de leur collectivité. Les connaissons-nous les femmes entrepreneures de notre village, de notre ville, de notre région? Cela vaut certainement la peine de nous mettre à leur recherche...
Entreprendre, numéro spécial 1996.
Coup de pouce, Danielle Chamberland, marchande de lumières, Jacynte Deslauriers, janvier 1997.
La Presse, Les PME créatrices d'emplois, Paul Durivage, 26 novembre 1997.
Sélection du Reader's Digest, L'ère des bâtisseuses, Pauline Cyr, août 1997.
Ma Caisse, L'idée ou l'argent ?, Gilles Drouin, mars-avril 1997, vol. 32, no 2.
Commerce, La sous-traitance, Ariane Krol, août 1997.
Entreprendre, Se lancer en affaires et réussir, Edmond Bourque, septembre-octobre 1993.
Ma Caisse, Six cas d'entreprises, Gilles Drouin, septembre-octobre 1997, vol. 34, no 4.
Ma Caisse, À l'école des affaires, Gilles Drouin, septembre-octobre 1995, vol. 32, no 4.
Châtelaine, Les banques se méfient (encore) des femmes, Yves Thériault, mai 1998.