Recherche sur les impacts des nouvelles technologies d'information et de communication (NTIC) dans les groupes de femmes du Québec : difficultés et potentiel

Dans le cadre du projet Internet au féminin
Centre de documentation sur l'éducation des adultes et la condition féminine

Relais-femmes, octobre 1998

Projet financé par le Fonds de l'autoroute de l'information.

Comité d'accompagnement
Lucie Bélanger - Relais-femmes
Nina Duque - Étudiante à la maîtrise en communications, UQAM
Sharon Hackett - Centre de documentation sur l'éducation des
adultes et la condition féminine
Nicole Nepton - Fédération des femmes du Québec
Claudie Solar - Université de Montréal

Recherche et rédaction
Nina Duque

TABLE DES MATIÈRES
  1. Internet au féminin
    1.1   Un document de réflexion
    1.2   Démarche et mandat
    1.3   L'équipe de recherche
  2. Survol des études recensées
  3. Utilisation d'Internet par les groupes de femmes du Québec
    2.1   Survol des usages
    2.2   Les branchées
    2.3   Les groupes en voie de se brancher
  4. Les obstacles et les besoins
    4.1   L'accès aux ressources
    4.2   Le manque de financement
    4.3   La situation des groupes de femmes en régions rurales
    4.4   Le manque de formation
    4.5   Besoin d'une formation adéquate et pertinente
  5. L'utilisation du français sur le Web

Conclusion
Bibliographie
Annexe :
Survol des initiatives Internet pour femmes québécoises

1.  Internet au féminin

1.1  Un document de réflexion

Ce document est un instrument de réflexion sur la relation femme-Internet à un moment où l'explosion technologique des dernières années au Québec et la pénétration, sans précédent, de l'information dans la vie quotidienne des femmes et groupes de femmes poussent à l'analyse de ses conséquences. Nous espérons, ainsi, alimenter les discussions à venir sur les mesures à prendre pour répondre aux exigences actuelles en matière d'utilisation des nouvelles technologies de l'information et des communications par les femmes et pour les femmes.

Pour que les femmes soient partie prenante des changements en cours, nous avons donc entamé une démarche de recherche-formation afin de produire un texte qui s'intégrera aux formations actuellement offertes dans le cadre du projet Internet au féminin.

1.2  Démarche et mandat


Au printemps 1998, dans le cadre du projet Internet au féminin, Relais-femmes a reçu une demande de recherche dans le but d'examiner l'utilisation d'Internet par les groupes de femmes du Québec. Cette recherche est de type exploratoire et vise à mieux connaître la situation actuelle dans les groupes de femmes afin de mieux orchestrer celle de demain. De façon plus précise, les objectifs principaux de cette recherche sont les suivants :


1.3  Méthodologie

Pour répondre à la demande, un comité a été mis sur pied et ce dernier a défini tant la problématique que la démarche, assurant ainsi un soutien à la chercheure terrain. La démarche de recherche retenue consiste à mener une enquête auprès de douze groupes de femmes actifs dans le mouvement communautaire. Les propos recueillis auprès de ces groupes offrent les matériaux permettant d'identifier les caractéristiques relatives à la mise en place du réseau Internet dans les groupes de femmes. Deux catégories de groupes ont été retenues ; ceux qui n'étaient pas encore branchées à Internet, soit neuf groupes, et ceux qui l'étaient, soit trois groupes. Pour chaque groupe, une répondante a été identifiée et interviewée. Au sein des deux catégories retenues, un tiers des répondantes œuvraient à l'échelle nationale, un tiers à l'échelle régionale et un tiers au locale. Il est intéressant de noter cependant que, parmi les neuf répondantes en provenance des groupes non branchés, neuf avaient Internet à la maison.

En juin et juillet 1998, la chercheure a rencontré ces douze femmes qui ont répondu au questionnaire développé par le comité. Les réponses ont été recueillies par téléphone, par fax ou encore par courrier électronique. Dans les pages qui suivent, nous allons rendre compte le plus fidèlement possible leurs préoccupations. Il va sans dire que cette recherche ne prétend pas être exhaustive auprès de tous les groupes de femmes du Québec. Cependant, les résultats, comme nous allons le voir, appuient et renforcent ce que les principales recherches canadiennes et québécoises répertoriées ont démontré par le passé.

1.4  L'équipe de recherche

L'équipe de recherche, que Relais-femmes a mis sur pied pour réaliser le mandat, était coordonnée par Lucie Bélanger et la chercheure de terrain, Nina Duque. Cette équipe comptait trois membres externes à Relais-femmes : Sharon Hackett du Centre de documentation sur l'éducation des adultes et la condition féminine et responsable du projet Internet au féminin, Claudie Solar du Réseau québécois des chercheures féministes et Nicole Nepton de la Fédération des femmes du Québec. Toute l'équipe a collaboré aux diverses étapes de travail nécessaires à la production du présent document.

2.  Survol des études recensées



L'avènement d'Internet dans les groupes de femmes a déjà fait couler beaucoup d'encre, tant aux États-Unis qu'au Canada, et on peut croire que les discussions et les réflexions qui y sont dédiées vont continuer de s'accroître. Paradoxalement, il existe au Québec très peu d'études qui examinent spécifiquement l'usage d'Internet par les groupes de femmes québécoises. Il s'ensuit qu'il existe encore moins de recherches sur les raisons qui motivent ou orientent cet usage.

Les études déjà effectuées sur l'utilisation d'Internet par les groupes de femmes confirment nos résultats. Ces études, de plus grande envergure que la nôtre, établissent des catégories d'analyse qui examinent davantage en profondeur la relation femme-Internet. Les statistiques fluctuent mais indiquent bien que, dans l'ensemble, plusieurs facteurs contribuent à ralentir l'appropriation d'Internet par les groupes de femmes.

Les facteurs les plus marquants de ces recherches sont les suivants :

Quant aux groupes de femmes francophones, diverses recherches observent ce qui suit :

Parallèlement, on constate qu'au Québec, entre 15 % et 20 % des internautes sont des femmes et ce en dépit de la croissance exponentielle de ce médium alors qu'elles représentent un peu plus de 50 % de la population Au Canada, on rencontre davantage de femmes qui disent utiliser Internet soit entre 20 % et 30 %. Quant aux États-Unis, pays où l'on retrouve le plus grand nombre d'internautes, le pourcentage de femmes qui utilisent ce médium monte à 34 %. Certaines études estiment même que jusqu'à 45 % des internautes américains sont des femmes.

D'autres chercheures constatent que l'écart entre les hommes et les femmes a diminué et continue progressivement de s'amoindrir. Certaines recherches prédisent même que cet écart risque de disparaître entièrement au cours de la prochaine génération! Cette attitude ultra optimiste est appréciable mais, comme le démontrent tant les résultats des études répertoriées que la nôtre, il y a certains obstacles majeurs que les groupes de femmes doivent surmonter afin d'être à même de se brancher à Internet.

3.  Utilisation d'Internet par les groupes de femmes du Québec


3.1  Survol des usages

Selon les femmes qui ont répondu à notre enquête, l'utilisation d'Internet a augmenté de façon significative au cours des dernières années mais, la majorité des activités sur le réseau demeure ponctuelle. Les trois quarts des femmes branchées interviewées disent utiliser Internet au travail une heure par semaine, au plus. Elles ont surtout tendance à naviguer à la maison. " Au bureau ", elles trouvent qu'elles n'ont pas assez de temps pour le faire.

Les femmes que nous avons contactées constatent que les nouvelles technologies leur donnent accès à un bassin de population plus large, réparti sur un territoire plus vaste allant du local à l'ensemble du Québec et même à l'international. Elles croient qu'Internet peut briser l'isolement des personnes habituellement ou traditionnellement exclues des prises de décisions sociales. En même temps, elles disent utiliser cet outil très peu pour communiquer directement auprès des instances gouvernementales ou avec d'autres groupes de femmes. Elles ont également l'impression qu'à ce jour, il y a peu de groupes de femmes qui sont branchées à Internet. À leurs yeux, cela diminue l'attrait ou la pertinence d'une connexion à Internet.

Certes Internet peut offrir aux groupes de femmes qui sont branchées une multitude de données de façon rapide et permettre ainsi la mise en réseau de femmes et de groupes de femmes. Mais, comme en témoignent nos répondantes, la relation femme-technologie n'est pas encore tout à fait à point. Même si elles trouvent que cet outil semble utile, elles sont souvent trop occupées pour l'utiliser, ayant de nombreux dossiers à mener dans leur travail quotidien. Le manque de temps est souvent cité comme étant un des principaux obstacles à l'utilisation d'Internet. L'adoption de cet outil est ainsi ralentie car elles ne peuvent pas passer suffisamment d'heures pour se familiariser avec la structure et l'interface particuliers d'Internet et ne disposent pas de connaissances informatiques suffisamment approfondies.

Pour les femmes qui ont répondu qu'elles ne maîtrisent pas ou ne sont pas encore complètement à l'aise avec l'outil, l'environnement Internet semble peu structuré et l'information pêle-mêle. Certaines disent même se priver de diffuser des informations ou d'en demander parce qu'elles ne savent pas toujours comment atteindre les autres groupes branchés sans que ce soit trop long et trop ardu. Pour d'autres répondantes, Internet paraît très stimulant quoiqu'un peu aride.

En général, les groupes de femmes ne savent pas où placer, en termes de priorité pour leur groupe, l'accès à Internet étant donné qu'elles font face aux difficultés suivantes :
  • Le branchement est coûteux ;
  • Les connexions sont souvent lentes ;
  • Les logiciels et systèmes informatiques sont parfois incompatibles ;
  • La disponibilité de l'information est volumineuse et la qualité n'est pas toujours exacte ou pertinente ;
  • Les femmes manquent de temps pour investir dans l'appropriation de l'Internet.
Quant à l'influence d'Internet sur les groupes, peu de femmes rencontrées (uniquement 2) rapportent avoir perçu des transformations significatives. Pour l'instant, Internet ne semble pas avoir vraiment changé ni la façon de travailler ni la manière de communiquer dans un groupe étant donné que si peu y ont accès. Les femmes interviewées estiment cependant, que, si à la longue tous les groupes de femmes avaient la possibilité et la volonté de se brancher, Internet pourrait non seulement améliorer la communication au quotidien avec d'autres groupes de femmes mais aussi entre les membres d'une même organisation. Elles pensent que cette technologie de la communication aurait la capacité d'augmenter la mobilisation et la visibilité des femmes, d'enrichir et d'accroître le partage d'idées et d'opinions entre femmes et de faciliter le travail en comité.

Toutefois, elles ne perçoivent pas que la faible présence actuelle des femmes sur Internet constitue un enjeu d'équité sociale insurmontable. Au contraire, elles estiment qu'Internet va finir par s'infiltrer dans leurs groupes et leurs pratiques communicationnelles quotidiennes et qu'un réseau Web francophone pour femmes s'établira à l'avenir.



3.2  Les branchées

Par rapport aux usages d'Internet, presque toutes les femmes branchées que nous avons rencontrées ont indiqué que le courrier électronique était l'outil Internet le plus souvent utilisé. Par femmes branchées, nous considérons celles qui le sont tant au travail qu'à la maison. En général, elles communiquent avec des collègues ou des amies dans des lieux éloignés. Deux femmes interrogées, dont le groupe était branché sur les lieux du travail, rapportent que leur groupe l'utilise pour communiquer directement avec les divers paliers de gouvernements.

En outre, les femmes branchées disent que le courrier électronique leur a permis de réaliser les activités suivantes :

  • Augmenter la rapidité des échanges entre groupes branchés ;
  • Réaliser certaines économies en termes de papier, d'envois postaux ou de frais de téléphone interurbains ;
  • Éviter les pertes de temps et d'espace pour l'échange, le partage ou le stockage d'informations.

En contrepartie, elles remarquent que trop peu de groupes de femmes sont actuellement branchés pour qu'Internet soit un outil supérieur et plus efficace que les méthodes traditionnelles de communication telles le courrier postal, le fax, le téléphone ou les rencontres en face-à-face. Une comparaison avec la totalité des internautes indique que la seule activité que les femmes effectuent avec la même fréquence c'est le courrier électronique.

Plusieurs des femmes interrogées trouvent qu'elles maîtrisent mal les technologies Internet. C'est pour cela que cet outil leur semble moins rapide que les moyens plus traditionnels qu'elles disent mieux connaître et avec lesquelles elles sont plus habituées de travailler.

La recherche d'information et l'utilisation de banques de données arrivent tout près au second rang en termes d'usage de l'Internet. Il existe cependant une exception. Un des groupes consulté concerné par les femmes éprouvant de la difficulté à trouver du travail, rapporte que la recherche sur le Web est l'outil le plus souvent utilisé, le considérant comme l'élément Internet le plus indispensable. Ce groupe a spécifié que dans son réseau, c'est une pratique courante et essentielle pour avoir accès aux banques de données d'emplois mises à leurs dispositions par les divers gouvernements et ministères.

3.3  Les groupes en voie de se brancher

Les participantes à notre enquête qui n'utilisent pas encore Internet énumèrent plusieurs services qu'elles aimeraient utiliser si elles pouvaient y avoir accès. Les plus cités sont les suivants :

  • Effectuer des recherches d'informations reliées à leur travail ;
  • Communiquer à distance avec d'autres groupes de femmes qui ont les mêmes préoccupations qu'elles ;
  • Participer à l'évolution de la situation des femmes ;
  • Rechercher du financement ;
  • Diffuser de l'information sur leurs groupes et faire connaître leurs activités ;
  • Faire de la sensibilisation et de l'éducation auprès des femmes ;
  • Participer à des groupes de discussions.

Les répondantes de ces groupes ont donc sensiblement la même perception de l'utilité d'Internet qu'ont les groupes branchés. Elles ne sont toutefois pas (ou pas encore) branchées. Nous leur avons donc posé des questions sur ce processus afin de déterminer quels sont les besoins et les obstacles qui se posent à des groupes voulant se brancher. Ce que nous abordons maintenant.

4.  Les obstacles et les besoins

4.1  L'accès aux ressources

Le principal obstacle auquel sont confrontés les groupes de femmes en ce qui a trait à l'utilisation d'Internet concerne leur accès aux ressources nécessaires pour se brancher. Il s'agit de deux sortes de ressources. Premièrement, il y a les ressources matérielles, qu'il s'agisse de financement ou de l'équipement lui-même. Deuxièmement, il existe un besoin en ressources humaines : pour qu'un groupe se serve d'Internet de façon efficace, les répondantes ont signalé des besoins en formation et en soutien technique. Ces ressources pourraient permettre aux groupes de se doter d'un réseau fonctionnel et d'un nouvel ensemble de compétences indispensables dont la connaissance des réseaux et l'aptitude à trouver l'emplacement des informations. Les ressources tant matérielles qu'humaines sont des éléments incontournables du dossier de l'utilisation des technologies de l'information et des communications par les femmes.

4.2  Le manque de financement

Uniquement pour se brancher techniquement, les femmes doivent pouvoir se procurer un ensemble d'éléments : ordinateur, modem, système d'exploitation, logiciels et une connexion au réseau Internet. Dans l'ensemble, on constate que les coûts excèdent de beaucoup les crédits budgétaires disponibles tandis que les subventions pour les projets des groupes interdisent ou tout au moins rendent difficile l'achat du matériel requis.

La totalité des groupes de femmes consultées dépend et fonctionne entièrement à base de subventions ou de fonds alloués par les gouvernements et de partenariats avec d'autres organismes pour s'équiper et se brancher à Internet. Les groupes de femmes se voient fréquemment obligés de trouver de nouvelles sources de financement, ou pétitionner les gouvernements pour que ces derniers élaborent des stratégies financières et des programmes les permettant de s'équiper. Un groupe rencontré est actuellement en voie de solliciter les divers paliers gouvernementaux pour trouver du financement pour l'achat de l'équipement nécessaire au branchement Internet.

Pour l'instant, les femmes interrogées disent faire ce qu'elles peuvent avec les ressources dont elles disposent. Cependant, elles croient qu'il est essentiel de créer des programmes d'accès et d'aide financière pour que les groupes puissent s'acquitter des coûts. Cet appui devrait aussi, selon les témoignages recueillis, tenir compte de la nécessité d'un soutien technique permanent pour surmonter les difficultés que l'on rencontre au quotidien.

4.3  La situation des groupes de femmes en régions rurales

Les groupes de femmes dans les régions rurales, en plus d'avoir peu de ressources économiques pour se procurer les ressources matérielles et logicielles donnant accès aux technologies de l'information et des communications (TIC), disent affronter aussi des problèmes d'infrastructures : des obstacles d'ordre technique absents dans les grands centres urbains. Les principaux obstacles de l'accès à Internet en région sont les suivants :

  • La désuétude du système téléphonique en milieu rural :
  • lenteur des lignes et manque de connexions ;
  • Le débordement d'usagers sur un petit nombre de connexions disponibles ;
  • Le manque de fournisseurs Internet qui desservent les régions.

En même temps, les femmes en régions rurales croient sincèrement qu'Internet pourrait leur être un outil avantageux. Elles citent plusieurs avantages communicationnels dont voici les principaux :

  • La réduction des coûts d'interurbains ;
  • L'accès plus rapide à une information d'actualité ;
  • Une participation plus active au mouvement des femmes ;
  • La diminution de l'isolement régional.

Les femmes interviewées en régions rurales ont souligné que la participation des groupes ruraux est faible, car pour certains groupes, Internet est encore inaccessible par manque d'une infrastructure adéquate. Ainsi, les régions nécessitent une infrastructure technique à la fine pointe de la technologie. Le Québec accuse un certain retard en matière de réseautage du territoire régional, surtout si l'on considère que l'émergence des réseaux informatiques au Québec date déjà des années 80 et leur prolifération dès le début des années 90.

4.4  Le manque de formation

À la lumière des témoignages reçus, plusieurs femmes sont mal préparées ou peu sensibilisées à l'apport des nouvelles technologies de la communication pour les groupes communautaires. Toutefois, on peut penser que les femmes ont une maîtrise relative de l'informatique. Il faut également reconnaître qu'avoir accès à Internet ne se limite pas uniquement à établir une connexion. Les femmes disent avoir besoin de formation à caractère multiple (sur les techniques, usages, possibilités et ressources disponibles). Toutes les femmes rencontrées ont exprimé les mêmes points de vue concernant l'accès à une formation appropriée et à un soutien durable.

Notre enquête nous révèle que le tiers des répondantes possède un ordinateur personnel et que presque toutes en ont un à leur disposition sur les lieux de travail. Jusqu'ici, chaque groupe est entièrement responsable du perfectionnement de ses membres et il n'existe aucune donnée centralisée sur cette question. Même à l'intérieur de chacun des groupes, aucun portrait de la situation touchant la formation sur l'usage des nouvelles technologies n'a pas encore été dressé. Selon notre enquête, seulement deux femmes avaient participé à au moins un projet de perfectionnement (à part celui du projet Internet au féminin lui-même.) Dans l'immédiat, les femmes disent compter sur l'expérience des quelques femmes autour d'elles qui savent utiliser ces outils informatiques pour répondre à leurs besoins de formation et à leurs questions.

4.5  Besoin d'une formation adéquate et pertinente

Une formation uniquement technique ne peut répondre à toutes les attentes des femmes et groupes de femmes. Les réponses que nous avons reçues démontrent que les femmes sont avant tout préoccupées par l'intégration d'Internet à leurs usages quotidiens.

Selon les témoignages, ce transfert d'habiletés pourrait se faire par l'entremise de stages plus complets et " le moins coûteux possible ". D'après les répondantes, il serait préférable de trouver des formatrices ou des formateurs sur les lieux mêmes de travail des groupes, plutôt que de faire déplacer les femmes vers des centres de formation. Les répondantes aimeraient que des programmes spéciaux soient mis en place afin de permettre aux groupes de femmes d'obtenir des ressources pour des projets de perfectionnement définis au niveau local.

5.  L'utilisation du français sur le Web

Les femmes rencontrées sont conscientes des difficultés d'accéder à des documents en français sur l'autoroute de l'information. Plusieurs femmes ont insisté sur l'importance d'une présence française sur le Web pour distinguer le Québec dans l'environnement nord-américain et sur la nécessité d'investir dans un contenu francophone de qualité sur Internet.

La question de la langue est donc d'une grande importance. En effet, le seul critère culturel jugé vraiment important pour nos répondantes était précisément la langue. Presque la moitié des femmes interrogées affirme que le partage d'une langue commune (en l'occurrence le français) est essentiel pour établir une bonne communication entre femmes et groupes de femmes francophones via Internet. La capacité d'exprimer clairement une idée dans une langue qui n'est pas a priori la sienne semble causer de grandes difficultés communicationnelles.

Comme en témoignent également les diverses recherches canadiennes, les barrières linguistiques sur Internet sont réelles et requièrent des approches plus affirmatives. Les témoignages ont révélé les besoins suivants :

  1. Établir des réseaux, des sites Web et gérer des listes d'envoi en français pour les groupes de femmes francophones ;
  2. Encourager l'utilisation du français comme langue de communication sur le net ;
  • Produire une documentation originale en langue française et non seulement des traductions.

    Conclusion


    Il y a consensus, parmi les femmes interrogées, sur une nécessité de relier les groupes de femmes du Québec par télématique afin de mettre en commun des connaissances, des idées, des ressources et des expériences diverses.

    D'autre part, un seul groupe - parmi les douze rencontrés - avait réussi à intégrer Internet de façon dynamique et structurée dans ses activités quotidiennes. Ainsi, Formationnelle, un groupe qui œuvre dans la région de Montréal, utilise Internet principalement pour effectuer des recherches dans les banques de données du gouvernement et échanger de l'information avec d'autres groupes communautaires au Québec. Elles ont plusieurs ordinateurs branchés (6) ce qui permet à plus d'une femme à la fois d'utiliser Internet et de se familiariser avec l'outil sans devoir attendre trop longtemps.

    Ainsi, les femmes interrogées expriment un besoin d'établir une meilleure communication entre travailleuses et plus globalement entre femmes et de former des nouveaux réseaux collaboration et de coopération. Internet pourrait, selon les témoignages recueillis, permettre la mise en place d'un réseau d'échange et de partage d'information qui faciliterait leur travail quotidien. Ces liens télématiques pourraient aussi permettre aux femmes branchées d'accéder aux multiples ressources disponibles sur Internet.

    Voici ce qui ressort le plus de cette recherche :

    1. Pour qu'un réseau Web féminin réussisse, des contraintes économiques, matérielles, techniques et de temps doivent être surmontés.
    2. Un des volets du programme Internet au Féminin doit viser l'accès initial et continu au réseau Internet féministe pour le rendre viable.
    3. Si Internet et les nouvelles formes de communication n'incluent pas le plus grand nombre possible de groupes de femmes, il y a risque que le mouvement féministe se fragmente en deux réseaux de communication. Ceci pourrait avoir comme effet l'exclusion des groupes non branchées aux réseaux de communication de l'avenir.
    4. Les femmes interrogées ne sont pas intimidées par l'avènement d'Internet. Elles considèrent que cette technologie ouvre des occasions nouvelles et des opportunités communicationnelles intéressantes pour l'action communautaire mais elles sont aussi conscientes que ces opportunités ne seront pas accessibles immédiatement, que cela prendra du temps et des efforts de sensibilisation.
    5. Les femmes rencontrées croient que les groupes de femmes pourront apporter un contenu pertinent et intéressant sur le Web.
    6. Elles croient également que l'apport en français des groupes sur le Web pourrait être significatif à condition de pouvoir surmonter les barrières d'accès telles que la formation et les coûts reliés à l'équipement.

    Bibliographie


    Regan-Shade, Leslie, 1997. Rapport sur l'Utilisation d'Internet par les groupes de femmes au Canada, Condition Féminine Canada, [www.swc-cfc.gc.ca/directf.html]

    Balka, Ellen, 1997. Computer Networking : Spinsters on the Web, Resources for Research and Action, CRIAW/ICREF, [www3.sympatico.ca/criaw]

    Balka, Ellen, 1997. Viewing Universal Access through a Gendered Lens, Simon Frasier University, [www.fis.utoronto.ca/research/iprp/ua/]

    18-21 octobre 1997, " Conférence les femmes et Internet - The Women's Internet conference ", Organisé par Women's Space, Ottawa, [www.grannyg.bc.ca/confer/]

    Studio XX, 1998. Terre à Terre dans le cybèrespace. [pas encore disponible]

    GVU (Georgia tech), 1998. 8th World Wide Web Survey, [www.cc.gatetech.edu/]

    Grint & Gill, 1995. The Gender-Technology Relation, Taylor & Francis, London.

    Annexe I

    Survol des initiatives Internet pour femmes québécoises

    Voici un inventaire de sites Web fait par des femmes ou groupes de femmes qui s'adressent plus particulièrement à l'action communautaire et à la condition des femmes au Canada et au Québec.

     Intern'ELLES : [www3.sympatico.ca/internelles]

     Net Femmes : [www.cam.org/~cdeacf/netfemme]

     Webgrrls : [www.webgrrls.com]

     Condition féminine Canada : [www.swc-cfc.gc.ca/directf.html]

     Studio XX : [www.studioxx.org/]

     Documentation sur la recherche féministe :
    [www.oise.utoronto.ca/projects/rfr]

     The Canadian Research Institute for the Advancement of Women (CRIAW/ ICREF) : [www3.sympatico.ca/criaw]