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« Recherche sur les impacts des nouvelles
technologies d'information et de communication (NTIC) dans les groupes de
femmes du Québec : difficultés et potentiel »,
Relais-femmes,octobre1998.
Dans le cadre du projet Internet au féminin
Centre de documentation sur l'éducation des adultes et la condition
féminine (CDEACF)
Projet financé par le Fonds de l'autoroute de l'information.
Comité d'accompagnement
Lucie Bélanger - Relais-femmes
Nina Duque - Étudiante à la maîtrise en communications,
UQAM
Sharon Hackett - Centre de documentation sur l'éducation des
adultes et la condition féminine
Nicole Nepton - Fédération des femmes du Québec
Claudie Solar - Université de Montréal
Recherche et rédaction
Nina Duque
1.1 Un document de réflexion
1.2 Démarche et mandat
1.3 L'équipe de recherche
3.1 Survol des usages
3.2 Les branchées
3.3 Les groupes en voie de se brancher
4.1 L'accès aux ressources
4.2 Le manque de financement
4.3 La situation des groupes de femmes en régions rurales
4.4 Le manque de formation
4.5 Besoin d'une formation adéquate et pertinente
Ce document est un instrument de réflexion sur la relation femme-Internet
à un moment où l'explosion technologique des dernières
années au Québec et la pénétration, sans précédent,
de l'information dans la vie quotidienne des femmes et groupes de femmes poussent
à l'analyse de ses conséquences. Nous espérons, ainsi,
alimenter les discussions à venir sur les mesures à prendre pour
répondre aux exigences actuelles en matière d'utilisation des
nouvelles technologies de l'information et des communications par les femmes
et pour les femmes.
Pour que les femmes soient partie prenante des changements
en cours, nous avons donc entamé une démarche de recherche-formation
afin de produire un texte qui s'intégrera aux formations actuellement
offertes dans le cadre du projet Internet au féminin.
Au printemps 1998, dans le cadre du projet Internet au féminin,
Relais-femmes a reçu une demande de recherche dans le but d'examiner
l'utilisation d'Internet par les groupes de femmes du Québec. Cette recherche
est de type exploratoire et vise à mieux connaître la situation
actuelle dans les groupes de femmes afin de mieux orchestrer celle de demain.
De façon plus précise, les objectifs principaux de cette recherche
sont les suivants :
Faire un survol des recherches canadiennes et québécoises
sur l'avènement d'Internet dans les groupes de femmes ;
Identifier les pratiques et les besoins des groupes de femmes au Québec par rapport à l'utilisation d'Internet ;
Repérer quelques ressources québécoises propres aux
femmes dans un contexte d'action communautaire.
Pour répondre à la demande, un comité
a été mis sur pied et ce dernier a défini tant la problématique
que la démarche, assurant ainsi un soutien à la chercheure terrain.
La démarche de recherche retenue consiste à mener une enquête
auprès de douze groupes de femmes actifs dans le mouvement communautaire.
Les propos recueillis auprès de ces groupes offrent les matériaux
permettant d'identifier les caractéristiques relatives à la mise
en place du réseau Internet dans les groupes de femmes. Deux catégories
de groupes ont été retenues ; ceux qui n'étaient pas
encore branchées à Internet, soit neuf groupes, et ceux qui l'étaient,
soit trois groupes. Pour chaque groupe, une répondante a été
identifiée et interviewée. Au sein des deux catégories
retenues, un tiers des répondantes uvraient à l'échelle
nationale, un tiers à l'échelle régionale et un tiers au
locale. Il est intéressant de noter cependant que, parmi les neuf répondantes
en provenance des groupes non branchés, neuf avaient Internet à
la maison.
En juin et juillet 1998, la chercheure a rencontré ces
douze femmes qui ont répondu au questionnaire développé
par le comité. Les réponses ont été recueillies
par téléphone, par fax ou encore par courrier électronique.
Dans les pages qui suivent, nous allons rendre compte le plus fidèlement
possible leurs préoccupations. Il va sans dire que cette recherche ne
prétend pas être exhaustive auprès de tous les groupes de
femmes du Québec. Cependant, les résultats, comme nous allons
le voir, appuient et renforcent ce que les principales recherches canadiennes
et québécoises répertoriées ont démontré
par le passé.
1.4 L'équipe de recherche
L'équipe de recherche, que Relais-femmes a mis
sur pied pour réaliser le mandat, était coordonnée par
Lucie Bélanger et la chercheure de terrain, Nina Duque. Cette équipe
comptait trois membres externes à Relais-femmes : Sharon
Hackett du Centre de documentation sur l'éducation des adultes et la
condition féminine et responsable du projet Internet au féminin,
Claudie Solar du Réseau québécois des chercheures féministes
et Nicole Nepton de la Fédération des femmes du Québec.
Toute l'équipe a collaboré aux diverses étapes de travail
nécessaires à la production du présent document.
2. Survol
des études recensées
L'avènement d'Internet dans les groupes de femmes a
déjà fait couler beaucoup d'encre, tant aux États-Unis
qu'au Canada, et on peut croire que les discussions et les réflexions
qui y sont dédiées vont continuer de s'accroître. Paradoxalement,
il existe au Québec très peu d'études qui examinent spécifiquement
l'usage d'Internet par les groupes de femmes québécoises. Il s'ensuit
qu'il existe encore moins de recherches sur les raisons qui motivent ou orientent
cet usage.
Les études déjà effectuées sur
l'utilisation d'Internet par les groupes de femmes confirment nos résultats.
Ces études, de plus grande envergure que la nôtre, établissent
des catégories d'analyse qui examinent davantage en profondeur la relation
femme-Internet. Les statistiques fluctuent mais indiquent bien que, dans l'ensemble,
plusieurs facteurs contribuent à ralentir l'appropriation d'Internet
par les groupes de femmes.
Les facteurs les plus marquants de ces recherches sont les suivants :
Les groupes manquent de fonds, ce qui serait nécessaire pour l'achat du matériel informatique requis pour se brancher à Internet ;
Au travail et à la maison, les femmes disposent de moins de temps libre que les hommes pour explorer les usages possibles des nouvelles technologies de la communication ;
Les groupes de femmes insistent sur le fait qu'un appui financier pour
s'équiper et maintenir une connexion efficace sur le Web est essentiel.
Quant aux groupes de femmes francophones, diverses recherches
observent ce qui suit :
Beaucoup de groupes de femmes francophones ne perçoivent pas Internet,
tel qu'il est disposé en ce moment, comme un outil de communication
utile ;
La connaissance et l'utilisation d'Internet sont moins grandes au Québec
que dans d'autres provinces, notamment l'Ontario et la Colombie-Britannique
;
Les groupes de femmes francophones en milieu urbain sont plus familiers
avec Internet que les groupes de femmes en régions rurales ;
Il existe un écart de 5 à 6 ans entre les meilleures pratiques
connues et les pratiques actuellement utilisées au niveau des groupes
communautaires de femmes francophones.
Parallèlement, on constate qu'au Québec, entre
15 % et 20 % des internautes sont des femmes et ce en dépit
de la croissance exponentielle de ce médium alors qu'elles représentent
un peu plus de 50 % de la population. Au Canada, on rencontre davantage
de femmes qui disent utiliser Internet soit entre 20 % et 30 %. Quant
aux États-Unis, pays où l'on retrouve le plus grand nombre d'internautes,
le pourcentage de femmes qui utilisent ce médium monte à 34 %.
Certaines études estiment même que jusqu'à 45 % des
internautes américains sont des femmes.
D'autres chercheures constatent que l'écart entre les
hommes et les femmes a diminué et continue progressivement de s'amoindrir.
Certaines recherches prédisent même que cet écart risque
de disparaître entièrement au cours de la prochaine génération!
Cette attitude ultra optimiste est appréciable mais, comme le démontrent
tant les résultats des études répertoriées que la
nôtre, il y a certains obstacles majeurs que les groupes de femmes doivent
surmonter afin d'être à même de se brancher à Internet.
Selon les femmes qui ont répondu à notre enquête,
l'utilisation d'Internet a augmenté de façon significative au
cours des dernières années mais, la majorité des activités
sur le réseau demeure ponctuelle. Les trois quarts des femmes branchées
interviewées disent utiliser Internet au travail une heure par semaine,
au plus. Elles ont surtout tendance à naviguer à la maison. " Au
bureau ", elles trouvent qu'elles n'ont pas assez de temps pour le
faire.
Les femmes que nous avons contactées constatent que
les nouvelles technologies leur donnent accès à un bassin de population
plus large, réparti sur un territoire plus vaste allant du local à
l'ensemble du Québec et même à l'international. Elles croient
qu'Internet peut briser l'isolement des personnes habituellement ou traditionnellement
exclues des prises de décisions sociales. En même temps, elles
disent utiliser cet outil très peu pour communiquer directement auprès
des instances gouvernementales ou avec d'autres groupes de femmes. Elles ont
également l'impression qu'à ce jour, il y a peu de groupes de
femmes qui sont branchées à Internet. À leurs yeux, cela
diminue l'attrait ou la pertinence d'une connexion à Internet.
Certes Internet peut offrir aux groupes de femmes qui sont
branchées une multitude de données de façon rapide et permettre
ainsi la mise en réseau de femmes et de groupes de femmes. Mais, comme
en témoignent nos répondantes, la relation femme-technologie n'est
pas encore tout à fait à point. Même si elles trouvent que
cet outil semble utile, elles sont souvent trop occupées pour l'utiliser,
ayant de nombreux dossiers à mener dans leur travail quotidien. Le manque
de temps est souvent cité comme étant un des principaux obstacles
à l'utilisation d'Internet. L'adoption de cet outil est ainsi ralentie
car elles ne peuvent pas passer suffisamment d'heures pour se familiariser avec
la structure et l'interface particuliers d'Internet et ne disposent pas de connaissances
informatiques suffisamment approfondies.
Pour les femmes qui ont répondu qu'elles ne maîtrisent
pas ou ne sont pas encore complètement à l'aise avec l'outil,
l'environnement Internet semble peu structuré et l'information pêle-mêle.
Certaines disent même se priver de diffuser des informations ou d'en demander
parce qu'elles ne savent pas toujours comment atteindre les autres groupes branchés
sans que ce soit trop long et trop ardu. Pour d'autres répondantes, Internet
paraît très stimulant quoiqu'un peu aride.
En général, les groupes de femmes ne savent pas
où placer, en termes de priorité pour leur groupe, l'accès
à Internet étant donné qu'elles font face aux difficultés
suivantes :
Le branchement est coûteux ;
Les connexions sont souvent lentes ;
Les logiciels et systèmes informatiques sont parfois incompatibles
;
La disponibilité de l'information est volumineuse et la qualité
n'est pas toujours exacte ou pertinente ;
Les femmes manquent de temps pour investir dans l'appropriation de l'Internet.
Quant à l'influence d'Internet sur les groupes, peu
de femmes rencontrées (uniquement 2) rapportent avoir perçu des
transformations significatives. Pour l'instant, Internet ne semble pas avoir
vraiment changé ni la façon de travailler ni la manière
de communiquer dans un groupe étant donné que si peu y ont accès.
Les femmes interviewées estiment cependant, que, si à la longue
tous les groupes de femmes avaient la possibilité et la volonté
de se brancher, Internet pourrait non seulement améliorer la communication
au quotidien avec d'autres groupes de femmes mais aussi entre les membres d'une
même organisation. Elles pensent que cette technologie de la communication
aurait la capacité d'augmenter la mobilisation et la visibilité
des femmes, d'enrichir et d'accroître le partage d'idées et d'opinions
entre femmes et de faciliter le travail en comité.
Toutefois, elles ne perçoivent pas que la faible présence
actuelle des femmes sur Internet constitue un enjeu d'équité sociale
insurmontable. Au contraire, elles estiment qu'Internet va finir par s'infiltrer
dans leurs groupes et leurs pratiques communicationnelles quotidiennes et qu'un
réseau Web francophone pour femmes s'établira à l'avenir.
Par rapport aux usages d'Internet, presque toutes les femmes
branchées que nous avons rencontrées ont indiqué que le
courrier électronique était l'outil Internet le plus souvent utilisé.
Par femmes branchées, nous considérons celles qui le sont tant
au travail qu'à la maison. En général, elles communiquent
avec des collègues ou des amies dans des lieux éloignés.
Deux femmes interrogées, dont le groupe était branché sur
les lieux du travail, rapportent que leur groupe l'utilise pour communiquer
directement avec les divers paliers de gouvernements.
En outre, les femmes branchées disent que le courrier
électronique leur a permis de réaliser les activités suivantes :
Augmenter la rapidité des échanges entre groupes branchés
;
Réaliser certaines économies en termes de papier, d'envois
postaux ou de frais de téléphone interurbains ;
Éviter les pertes de temps et d'espace pour l'échange, le
partage ou le stockage d'informations.
En contrepartie, elles remarquent que trop peu de groupes de
femmes sont actuellement branchés pour qu'Internet soit un outil supérieur
et plus efficace que les méthodes traditionnelles de communication telles
le courrier postal, le fax, le téléphone ou les rencontres en
face-à-face. Une comparaison avec la totalité des internautes
indique que la seule activité que les femmes effectuent avec la même
fréquence c'est le courrier électronique.
Plusieurs des femmes interrogées trouvent qu'elles maîtrisent
mal les technologies Internet. C'est pour cela que cet outil leur semble moins
rapide que les moyens plus traditionnels qu'elles disent mieux connaître
et avec lesquelles elles sont plus habituées de travailler.
La recherche d'information et l'utilisation de banques de données
arrivent tout près au second rang en termes d'usage de l'Internet. Il
existe cependant une exception. Un des groupes consulté concerné
par les femmes éprouvant de la difficulté à trouver du
travail, rapporte que la recherche sur le Web est l'outil le plus souvent utilisé,
le considérant comme l'élément Internet le plus indispensable.
Ce groupe a spécifié que dans son réseau, c'est une pratique
courante et essentielle pour avoir accès aux banques de données
d'emplois mises à leurs dispositions par les divers gouvernements et
ministères.
Les participantes à notre enquête qui n'utilisent
pas encore Internet énumèrent plusieurs services qu'elles aimeraient
utiliser si elles pouvaient y avoir accès. Les plus cités sont
les suivants :
Effectuer des recherches d'informations reliées à leur travail
;
Communiquer à distance avec d'autres groupes de femmes qui ont les
mêmes préoccupations qu'elles ;
Participer à l'évolution de la situation des femmes ;
Rechercher du financement ;
Diffuser de l'information sur leurs groupes et faire connaître leurs
activités ;
Faire de la sensibilisation et de l'éducation auprès des
femmes ;
Participer à des groupes de discussions.
Les répondantes de ces groupes ont donc sensiblement
la même perception de l'utilité d'Internet qu'ont les groupes branchés.
Elles ne sont toutefois pas (ou pas encore) branchées. Nous leur avons
donc posé des questions sur ce processus afin de déterminer quels
sont les besoins et les obstacles qui se posent à des groupes voulant
se brancher. Ce que nous abordons maintenant.
4. Les
obstacles et les besoins
4.1 L'accès aux ressources
Le principal obstacle auquel sont confrontés les groupes
de femmes en ce qui a trait à l'utilisation d'Internet concerne leur
accès aux ressources nécessaires pour se brancher. Il s'agit de
deux sortes de ressources. Premièrement, il y a les ressources matérielles,
qu'il s'agisse de financement ou de l'équipement lui-même. Deuxièmement,
il existe un besoin en ressources humaines : pour qu'un groupe se serve d'Internet
de façon efficace, les répondantes ont signalé des besoins
en formation et en soutien technique. Ces ressources pourraient permettre aux
groupes de se doter d'un réseau fonctionnel et d'un nouvel ensemble de
compétences indispensables dont la connaissance des réseaux et
l'aptitude à trouver l'emplacement des informations. Les ressources tant
matérielles qu'humaines sont des éléments incontournables
du dossier de l'utilisation des technologies de l'information et des communications
par les femmes.
4.2 Le manque de financement
Uniquement pour se brancher techniquement, les femmes doivent
pouvoir se procurer un ensemble d'éléments : ordinateur, modem,
système d'exploitation, logiciels et une connexion au réseau Internet.
Dans l'ensemble, on constate que les coûts excèdent de beaucoup
les crédits budgétaires disponibles tandis que les subventions
pour les projets des groupes interdisent ou tout au moins rendent difficile
l'achat du matériel requis.
La totalité des groupes de femmes consultées
dépend et fonctionne entièrement à base de subventions
ou de fonds alloués par les gouvernements et de partenariats avec d'autres
organismes pour s'équiper et se brancher à Internet. Les groupes
de femmes se voient fréquemment obligés de trouver de nouvelles
sources de financement, ou pétitionner les gouvernements pour que ces
derniers élaborent des stratégies financières et des programmes
les permettant de s'équiper. Un groupe rencontré est actuellement
en voie de solliciter les divers paliers gouvernementaux pour trouver du financement
pour l'achat de l'équipement nécessaire au branchement Internet.
Pour l'instant, les femmes interrogées disent faire
ce qu'elles peuvent avec les ressources dont elles disposent. Cependant, elles
croient qu'il est essentiel de créer des programmes d'accès et
d'aide financière pour que les groupes puissent s'acquitter des coûts.
Cet appui devrait aussi, selon les témoignages recueillis, tenir compte
de la nécessité d'un soutien technique permanent pour surmonter
les difficultés que l'on rencontre au quotidien.
4.3 La situation des groupes de
femmes en régions rurales
Les groupes de femmes dans les régions rurales, en
plus d'avoir peu de ressources économiques pour se procurer les ressources
matérielles et logicielles donnant accès aux technologies de l'information
et des communications (TIC), disent affronter aussi des problèmes d'infrastructures
: des obstacles d'ordre technique absents dans les grands centres urbains. Les
principaux obstacles de l'accès à Internet en région sont
les suivants :
La désuétude du système téléphonique
en milieu rural :
lenteur des lignes et manque de connexions ;
Le débordement d'usagers sur un petit nombre de connexions disponibles ;
Le manque de fournisseurs Internet qui desservent les régions.
En même temps, les femmes en régions rurales croient sincèrement
qu'Internet pourrait leur être un outil avantageux. Elles citent plusieurs
avantages communicationnels dont voici les principaux :
La réduction des coûts d'interurbains ;
L'accès plus rapide à une information d'actualité ;
Une participation plus active au mouvement des femmes ;
La diminution de l'isolement régional.
Les femmes interviewées en régions rurales ont souligné
que la participation des groupes ruraux est faible, car pour certains groupes,
Internet est encore inaccessible par manque d'une infrastructure adéquate.
Ainsi, les régions nécessitent une infrastructure technique à
la fine pointe de la technologie. Le Québec accuse un certain retard
en matière de réseautage du territoire régional, surtout
si l'on considère que l'émergence des réseaux informatiques
au Québec date déjà des années 80 et leur prolifération
dès le début des années 90.
4.4 Le manque de formation
À la lumière des témoignages reçus, plusieurs
femmes sont mal préparées ou peu sensibilisées à
l'apport des nouvelles technologies de la communication pour les groupes communautaires.
Toutefois, on peut penser que les femmes ont une maîtrise relative de
l'informatique. Il faut également reconnaître qu'avoir accès
à Internet ne se limite pas uniquement à établir une connexion.
Les femmes disent avoir besoin de formation à caractère multiple
(sur les techniques, usages, possibilités et ressources disponibles).
Toutes les femmes rencontrées ont exprimé les mêmes points
de vue concernant l'accès à une formation appropriée et
à un soutien durable.
Notre enquête nous révèle que le tiers des répondantes
possède un ordinateur personnel et que presque toutes en ont un à
leur disposition sur les lieux de travail. Jusqu'ici, chaque groupe est entièrement
responsable du perfectionnement de ses membres et il n'existe aucune donnée
centralisée sur cette question. Même à l'intérieur
de chacun des groupes, aucun portrait de la situation touchant la formation
sur l'usage des nouvelles technologies n'a pas encore été dressé.
Selon notre enquête, seulement deux femmes avaient participé à
au moins un projet de perfectionnement (à part celui du projet Internet
au féminin lui-même.) Dans l'immédiat, les femmes disent
compter sur l'expérience des quelques femmes autour d'elles qui savent
utiliser ces outils informatiques pour répondre à leurs besoins
de formation et à leurs questions.
4.5 Besoin d'une formation adéquate et pertinente
Une formation uniquement technique ne peut répondre à
toutes les attentes des femmes et groupes de femmes. Les réponses que
nous avons reçues démontrent que les femmes sont avant tout préoccupées
par l'intégration d'Internet à leurs usages quotidiens.
Selon les témoignages, ce transfert d'habiletés pourrait se faire
par l'entremise de stages plus complets et " le moins coûteux possible
". D'après les répondantes, il serait préférable
de trouver des formatrices ou des formateurs sur les lieux mêmes de travail
des groupes, plutôt que de faire déplacer les femmes vers des centres
de formation. Les répondantes aimeraient que des programmes spéciaux
soient mis en place afin de permettre aux groupes de femmes d'obtenir des ressources
pour des projets de perfectionnement définis au niveau local.
5. L'utilisation du français sur le
Web
Les femmes rencontrées sont conscientes des difficultés
d'accéder à des documents en français sur l'autoroute de
l'information. Plusieurs femmes ont insisté sur l'importance d'une présence
française sur le Web pour distinguer le Québec dans l'environnement
nord-américain et sur la nécessité d'investir dans un contenu
francophone de qualité sur Internet.
La question de la langue est donc d'une grande importance. En effet, le seul
critère culturel jugé vraiment important pour nos répondantes
était précisément la langue. Presque la moitié des
femmes interrogées affirme que le partage d'une langue commune (en l'occurrence
le français) est essentiel pour établir une bonne communication
entre femmes et groupes de femmes francophones via Internet. La capacité
d'exprimer clairement une idée dans une langue qui n'est pas a priori
la sienne semble causer de grandes difficultés communicationnelles.
Comme en témoignent également les diverses recherches canadiennes,
les barrières linguistiques sur Internet sont réelles et requièrent
des approches plus affirmatives. Les témoignages ont révélé
les besoins suivants :
Produire une documentation originale en langue française et non
seulement des traductions.
Conclusion
Il y a consensus, parmi les femmes interrogées, sur une
nécessité de relier les groupes de femmes du Québec
par télématique afin de mettre en commun des connaissances,
des idées, des ressources et des expériences diverses.
D'autre part, un seul groupe - parmi les douze rencontrés - avait
réussi à intégrer Internet de façon dynamique
et structurée dans ses activités quotidiennes. Ainsi, Formationnelle,
un groupe qui uvre dans la région de Montréal, utilise
Internet principalement pour effectuer des recherches dans les banques de
données du gouvernement et échanger de l'information avec
d'autres groupes communautaires au Québec. Elles ont plusieurs ordinateurs
branchés (6) ce qui permet à plus d'une femme à la
fois d'utiliser Internet et de se familiariser avec l'outil sans devoir
attendre trop longtemps.
Ainsi, les femmes interrogées expriment un besoin d'établir
une meilleure communication entre travailleuses et plus globalement entre
femmes et de former des nouveaux réseaux collaboration et de coopération.
Internet pourrait, selon les témoignages recueillis, permettre la
mise en place d'un réseau d'échange et de partage d'information
qui faciliterait leur travail quotidien. Ces liens télématiques
pourraient aussi permettre aux femmes branchées d'accéder
aux multiples ressources disponibles sur Internet.
Voici ce qui ressort le plus de cette recherche :
Pour qu'un réseau Web féminin réussisse, des contraintes
économiques, matérielles, techniques et de temps doivent
être surmontés.
Un des volets du programme Internet au Féminin doit viser
l'accès initial et continu au réseau Internet féministe
pour le rendre viable.
Si Internet et les nouvelles formes de communication n'incluent pas
le plus grand nombre possible de groupes de femmes, il y a risque que
le mouvement féministe se fragmente en deux réseaux de
communication. Ceci pourrait avoir comme effet l'exclusion des groupes
non branchées aux réseaux de communication de l'avenir.
Les femmes interrogées ne sont pas intimidées par l'avènement
d'Internet. Elles considèrent que cette technologie ouvre des
occasions nouvelles et des opportunités communicationnelles intéressantes
pour l'action communautaire mais elles sont aussi conscientes que ces
opportunités ne seront pas accessibles immédiatement,
que cela prendra du temps et des efforts de sensibilisation.
Les femmes rencontrées croient que les groupes de femmes pourront
apporter un contenu pertinent et intéressant sur le Web.
Elles croient également que l'apport en français des
groupes sur le Web pourrait être significatif à condition
de pouvoir surmonter les barrières d'accès telles que
la formation et les coûts reliés à l'équipement.
Bibliographie
Regan-Shade, Leslie, 1997. Rapport sur l'Utilisation
d'Internet par les groupes de femmes au Canada, Condition Féminine
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GVU (Georgia tech), 1998. 8th World Wide Web Survey, [www.cc.gatetech.edu/]
Grint & Gill, 1995. The Gender-Technology Relation, Taylor & Francis,
London.
Annexe
Survol des initiatives Internet pour femmes québécoises
Voici un inventaire de sites Web fait par des femmes ou groupes de femmes
qui s'adressent plus particulièrement à l'action communautaire
et à la condition des femmes au Canada et au Québec.
Intern'ELLES
NetFemmes
Webgrrls
Condition féminine
Canada
Studio XX
Documentation sur la recherche féministe : http://www.oise.utoronto.ca/projects/rfr
The Canadian Research Institute
for the Advancement of Women (CRIAW/ ICREF)
Conception © CDEACF 1999
Contenu Relais-femmes © 1999