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«Prise de position de la Collective », Monique Hamelin et Marie-Andrée Roy, L'autre Parole, no.43, septembre 1989.
Depuis la fondation de L'autre Parole en 1976, nous les femmes du Collectif,
avons toujours porté la question du droit d'accès à l'ordination
des femmes. Nous avons constamment poursuivi comme objectif le changement de
l'ensemble de l'institution ecclésiale vue comme cléricale, autoritaire
et patriarcale. Nous avons fait valoir notre option pour une Église communautaire,
démocratique, prophétique où les femmes pourraient avoir
une pleine implication à tous les paliers de cette institution. Par notre
pratique, nous avons modestement essayé de signifier cette Église.
Si dans un premier temps, nous avons mis l'accent sur la prise de parole des
femmes dans l'Église, à l'heure actuelle, notre réflexion
nous amène à nous prononcer sur la question de l'ordination des
femmes. C'est là l'objet de notre éditorial.
Les femmes doivent avoir accès à tous les ministères,
ordonnés et non ordonnés. Nous refusons toute exclusion fondée
sur le sexe des personnes. Le temps de la réflexion, des commissions
spéciales, des études approfondies est révolu. L'heure
de l'action a sonné. Les femmes doivent entrer dans le champ du sacré.
La question de l'ordination des femmes a été mise de l'avant depuis
fort longtemps par divers groupes de chrétiennes et de chrétiens
engagés dans l'Église. Que l'on se rappelle seulement les revendications
suivantes:
En 1971, un groupe de canadiennes-françaises présentait à
la Conférence des évêques catholiques du Canada une demande
explicite:
Que soit rendu possible pour la femme l'accès à des ministères
(incluant le diaconat et le sacerdoce) qui peuvent s'exprimer
Il est peut-être important de souligner que parmi les signataires de cette demande on retrouvait: Mesdames Anita Caron, Lorraine Caza, Simonne Monet-Chartrand, Denise Gauthier, Élisabeth Lacelle, Lucie Leboeuf, Hélène Pelletier-Baillargeon et la regrettée Madeleine Ryan.
En 1980, les Chrétiens pour une église populaire de Québec,
dans leur manifeste sur la place de la femme dans l'Église, affirmaient:
Nous croyons qu'il est temps que l'Église revoie sa vision actuelle du sacerdoce (le célibat obligatoire, le type de formation, les lieux d'engagement du clergé, ainsi que la nécessité d'être prêtre pour participer au pouvoir dans l'Église) afin qu'il soit un ministère accessible aux femmes et aux hommes et qu'il corresponde davantage aux réalités de notre époque et de notre Église.
De plus, au cours des vingt dernières années, divers groupes
de femmes dans l'Église, même s'ils étaient désireux
de voir les femmes accéder à tous les ministères, ont volontairement
limité leurs demandes. Ils ont par exemple réclamé l'accès
à des ministères non ordonnés ou encore au diaconat ou
bien ont demandé que soient réalisées de nouvelles études
sur la question. Il s'agissait de ne pas bousculer les autorités ecclésiales,
de ne pas les indisposer afin de permettre des avancées sur d'autres
questions importantes concernant les femmes. Aujourd'hui les femmes ont à
peu près fait la tour des "possibles" institutionnels: chancelières,
animatrices de paroisses, responsables d'offices diocésains, etc. Il
est plus que temps de s'attaquer au noyau du problème, au centre de la
résistance, le sacerdoce.
Il est intéressant de rappeler que quelque 70% des femmes qui occupent
une fonction pastorale et qui ont participé à l'étude LES
SOUTANES ROSES sont favorables au sacerdoce des femmes.
Comme on peut le voir, si la question de l'ordination des femmes n'a pas
fait l'objet d'un débat public dans l'Église catholique, ce n'est
nullement parce que les femmes ne s'intéressaient pas à la question.
De plus, l'accès des femmes au sacerdoce nous apparaît inséparable
de la question de leur égalité dans la société.
Elles ont dû conquérir le droit de vote, l'accès au savoir,
le droit à leur salaire, le droit d'accéder à toutes les
professions, à un salaire égal pour un travail équivalent,
et aujourd'hui, il nous apparaît normal que les femmes puissent travailler,
avoir un compte de banque etc. La société reconnaissant aux femmes
une égalité de droit et de plus en plus de fait, la pratique de
l'Église apparaît aujourd'hui dépassée, anachronique.
Pourtant cette institution s'est voulue première défenderesse
des sans-droit, des plus petits. Elle aurait tant à gagner en ayant,
à l'égard des femmes, une pratique fidèle à ses
principes.
Au niveau du droit, les pratiques de discrimination sont illégales dans
la société. Il est vrai que l'Église ne peut être
contrainte, par les lois civiles en matière d'égalité,
de procéder à l'ordination des femmes. Si à l'intérieur
de son propre code de droit canonique, l'Église accepte de reconnaître
aux femmes une égale dignité, elle continue cependant de s'objecter
à leur égalité en ce qui a trait à leur rôle
et à leur fonction. Nous pensons, à L'autre Parole, que la demande
des femmes d'accéder à l'ordination détient sa pleine légitimité
des valeurs mêmes promues par le christianisme.
Au Québec, depuis une trentaine d'années, les femmes ont accès
au savoir théologique. Depuis le milieu des années soixante-dix,
l'institution fait de plus en plus appel à leurs compétences pour
l'enseignement de la foi, l'initiation sacramentelle et diverses tâches
pastorales et liturgiques, autrefois accomplies par les membres du clergé.
Cependant, l'institution refuse aux femmes une reconnaissance en droit de ce
qu'elles font de fait. Elle leur refuse d'aller jusqu'au bout de leur ministère
dans la communauté en leur interdisant l'accès au sacré.
Le refus de reconnaître publiquement le rôle et l'apport des
femmes dans l'Église consacre leur invisibilité et continue de
faire apparaître cette situation comme découlant d'un ordre naturel
des choses.
Les hommes, eux, peuvent choisir entre le laïcat et le sacerdoce, les femmes,
elles, n'ont pas la choix... En agissant ainsi, l'Église enseigne et
illustre d'une façon très réelle et très concrète
que les femmes ne sont pas des personnes à part entière et elle
risque de faire croire que cette situation est irrémédiable.
On a trop longtemps mésestimé l'impact de cet interdit sur la
représentation qu'ont les femmes d'elles-mêmes. Leur refuser l'accès
au sacré, c'est leur projeter, individuellement et collectivement, une
image diminuée et dévalorisante d'elles- mêmes; c'est leur
ravir la plénitude de leur statut de femme créée à
l'image de Dieu; c'est assurer la pérennité des vieilles anthropologies
sexistes qui ravalent les femmes à des figures de tentatrices, de pécheresses,
d'impures. Les femmes ne sont pas dupes. L'entêtement clérical
à les reléguer au profane confirme bien qu'on les associe toujours
à la souillure.
Aujourd'hui, notre intervention ne veut pas entrer sur le terrain théologique.
Nous tenons pour acquis qu'il n'y a pas d'objection d'ordre théologique
pour l'accession des femmes au sacerdoce. De nombreuses études ont été
faites sur le sujet et ont clairement démontré que le refus de
l'ordination des femmes est un refus d'ordre culturel enraciné dans une
longue tradition historique patriarcale. En aucun cas il ne s'agit d'une expression
de la volonté de Dieu.
En se prononçant pour l'ordination des femmes, le collectif pense que
les déterminismes biologiques ne peuvent pas jouer dans la façon
de concevoir le sacerdoce des femmes, comme en conviennent d'ailleurs tant de
théologiennes et de théologiens.
Nous ne voulons pas promouvoir un sacerdoce proprement féminin à
partir de qualités qui seraient intrinsèquement féminines.
Nous ne croyons ni à un sacerdoce masculin, ni à un sacerdoce
féminin. Pour nous, il ne devrait y avoir qu'un ministère ecclésial
accompli par des femmes ou des hommes qui sont des sujets sexués dans
l'histoire.
La demande d'accès à l'ordination des femmes ne signifie pas que
l'on cautionne et approuve le ministère sacerdotal tel qu'il est conçu
et pratiqué aujourd'hui, ni que nous sommes en faveur d'une Église
hiérarchique où le pouvoir est concentré entre les mains
des clercs. Si ce type d'Église ordonnait les femmes, nous ne cesserions
pas pour autant nos revendications à son endroit. Cependant, nous ne
voulons pas mettre notre revendication d'accès à l'égalité
des femmes à la remorque de l'avènement éventuel d'une
Église communautaire, démocratique. Si les femmes dans la société
avaient attendu pour faire leur entrée en politique que celle-ci soit
non sexiste, non macho, non élitiste, etc... elles attendraient encore...
dans leur cuisine. Même si l'avènement de l'ordination des femmes
n'offre pas de garantie absolue du renouvellement ecclésial, nous pensons
qu'il favoriserait, à tout le moins, la réalisation de l'Église
de notre espérance.
Nous faisons du droit d'accès des femmes au sacerdoce une question de
principe. Les femmes dans l'Église doivent être reconnues comme
des sujets pleinement égaux, tant dans les écrits que dans la
pratique. L'égalité implique le droit d'accès à
tous les paliers de l'institution; toute restriction fondée sur le sexe
constitue une discrimination intolérable, injustifiable et que nous dénonçons
vigoureusement. En matière d'égalité il n'existe pas de
demi-mesure, de compromis; on ne peut pas être "un petit peu égal"
ou "pas trop égal". On est égal ou on ne l'est pas. Si on n'est
pas égal c'est que l'on est inégal, subordonné.
De plus, il importe pour nous qu'éclate le modèle unique, clérical,
centralisateur de sacerdoce et que s'affirme une pluralité de modèles
sacerdotaux à travers les diverses vocations des femmes et des hommes
d'ici et selon les besoins et les attentes des différents types de communauté
chrétienne.
Il nous apparaît scandaleux que les femmes qui se sentent appelées
à oeuvrer dans l'Église ne puissent le faire jusqu'au bout. Leur
communauté en a un urgent besoin et l'Église de Jésus-Christ
ne pourra se réaliser sans elles. Il faut donc que cette institution
ecclésiale, dans laquelle s'inscrivent les féministes chrétiennes,
cesse toute discrimination systémique à l'égard des femmes.
Maintenant que le problème est clairement énoncé, la continuation
de cet état de fait constituerait une caution institutionnelle au péché
de sexisme à l'égard des femmes.
Afin que la situation change nous lançons un appel:
Des pistes d'action? Voici quelques suggestions.
Notre revendication s'appuie sur l'attitude libre, interpellante, dérangeante de Jésus. Dans son Évangile, Il nous a enseigné que si notre justice ne surpassait celle des faiseurs de loi, nous n'entrerions pas dans le Royaume des Cieux. Les femmes demandent justice. Seront-elles entendues?
L'Église a permis l'esclavage pendant cinq siècles croyant que c'était là la volonté de Dieu. Pendant plus de 10 siècles, elle a admis la torture pour corriger les hérétiques ou les punir. Pendant 20 siècles, elle a enseigné la subordination des femmes et, conformément à la pensée d'un Thomas d'Aquin, elle voyait là, un obstacle à leur ordination. "La femme est en état de sujétion. Elle ne peut donc recevoir le sacrement de l'ordre.", (St. Thomas. supp., q. 39 , art. 1). Par contre, l'Église a aussi été capable, à certains moments de son histoire, de leur faire une place. Des abbesses ont dirigé pendant des siècles des monastères d'hommes et de femmes. L'Église s'est objectée aux mariages arrangés qui forçaient des femmes à épouser des hommes contre leur gré. Elle a pris parti pour les plus pauvres, en mettant sur pied, par le biais des communautés religieuses, des services de santé, d'éducation. L'Église est aujourd'hui conviée à faire un pas de plus sur la voie de la justice, de l'équité, à se dépouiller de son "vieil homme" sexiste qui fait ombrage à sa capacité de réfléter l'Espérance de Jésus-Christ.
Les femmes ont toujours été une force vive dans l'Église. Leur accès au ministère ordonné impulserait, à l'aube du troisième millénaire, un nouveau Souffle à l'Église de Jésus-Christ.
* Mémoire des femmes canadiennes-françaises, « La femme dans l'Église et la société », L'Église canadienne, vol. 4, no. 6, juin-juillet 1971, pp. 184-186. (retour au texte)
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