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« Pourquoi des revendications sur les droits des lesbiennes ?  », Irène Demczuk, Féminisme en bref vol. 9 no. 3, décembre 1998.

Pourquoi des revendications sur les droits des lesbiennes ?

Paru dans Le féminisme en bref, Volume 9, Numéro 3, Décembre 1998

Lors de la rencontre internationale préparatoire à la Marche des femmes en l’an 2000, le mouvement des femmes du Québec a apporté deux revendications concernant le respect des droits des lesbiennes.

Il est difficile de dresser un bilan de la manière dont fut traitée la question des droits des lesbiennes à la rencontre préparatoire à la Marche mondiale des femmes en l’an 2000 dans les quelques lignes qui nous sont accordées ici. Nous avons vécu bien des émotions : de la peur, de l’espoir, de la joie mais aussi de la tristesse. Il n’est pas facile de porter une revendication qui, bien que légitime, soulève de vives discussions voire de l’hostilité dans le mouvement des femmes international.

À titre de comité. aviseur de la Fédération, nous voulions joindre notre voix pour faire de ce projet de Marche mondiale un puissant instrument féministe visant à éliminer la violence faite aux femmes et les conditions qui créent la pauvreté dans le monde. Nous étions soucieuses que ce projet, tant dans son analyse de la violence à l’égard des femmes que dans ses revendications puisse aussi inclure les réalités vécues par les lesbiennes et défendre leur droit de vivre et d’exister dans des conditions d’égalité.

Les conventions internationales autour desquelles sont centrées les revendications de la Marche excluent les droits fondamentaux des lesbiennes. Mentionnons, par exemple, le droit à la vie, à la sécurité et à l’intégrité de sa personne, le droit à la liberté d’expression et à la liberté d’association, le droit de ne pas être soumise au harcèlement, aux détentions arbitraires, à la torture et à toutes autres formes de violence, le droit de ne pas être discriminées en regard des lois et des pratiques, le droit de ne pas être soumise au mariage forcé. Nos recherches nous ont appris que plus de la moitié des pays dans le monde criminalisent l’homosexualité, les sanctions variant de la peine d’emprisonnement à la peine de mort. De plus, aucun pays n’accorde aux lesbiennes une égalité de droits.

C’est ce qui nous a motivé à formuler une revendication qui accorderait aux lesbiennes les mêmes droits qu’aux autres femmes dans les lois internationales. Nous ne réclamons pas des droits spécifiques mais les mêmes protections légales. Devant le constat accablant de l’absence d’égalité pour les lesbiennes, nous ne pouvions nous contenter d’exiger de l’ONU et des gouvernements qu’ils respectent des conventions internationales permettant de discriminer, de violenter et de tuer des lesbiennes en toute impunité. Nous avons aussi réalisé un document d’accompagnement expliquant la situation des lesbiennes à travers le monde et l’importance de soutenir cette revendication au plan international. (Vous pouvez vous procurer ce document en faisant la demande auprès du comité pour la reconnaissance des lesbiennes à la FFQ).

Nous avons présenté cette proposition lors de la rencontre de la Coalition nationale des femmes contre la pauvreté et la violence tenue le 28 septembre. Elle fut bien accueillie et entérinée. Jamais en 20 ans de militantisme féministe n’ai-je entendue un discours de solidarité aussi fort envers les lesbiennes. Faisant fi des étiquettes et des préjugés, le mouvement des femmes du Québec était décidé à porter cette revendication au plan international.

La Marche mondiale des femmes en l’an 2000 sera certainement l’événement le plus imposant de l’histoire du féminisme moderne. Il y a trop à dire sur le processus qui a conduit à l’adoption d’une revendication concernant les lesbiennes dans une plate-forme féministe internationale pour le résumer en quelques phrases. Car il s’agit d’un précédent historique. En effet, après des décennies de conférences de l’ONU sur la situation des femmes où la question de l’égalité pour les lesbiennes fut discutée en coulisse, après l’échec douloureux de Beijing, nous avons réussi pour la première fois à inclure les lesbiennes dans un agenda féministe international. Cela n’a pas été facile et les résultats furent mitigés. En tant que féministes, nous devons apprendre de cet événement. Nous devons analyser quels furent les facteurs facilitants et les obstacles rencontrés si nous voulons comprendre comment éliminer l’exclusion dans notre propre mouvement, si nous voulons connaître comment créer une solidarité entre femmes qui va au-delà des discours et s’incarne dans l’action. Notre comité s’engage à faire ce bilan et à vous en faire part.

En terminant, j’aimerais au nom du comité pour la reconnaissance des lesbiennes de la FFQ, remercier le comité organisateur de la Marche, les membres de la Coalition nationale des femmes contre la pauvreté et la violence et les nombreuses militantes qui ont soutenu cette revendication ainsi que les messagères qui l’ont portée. Un merci du fond du cœur à Françoise David sans qui cela n’aurait jamais été possible. C’est à vous toutes que nous devons cette victoire. J’aimerais remercier particulièrement celles qui, malgré leur méconnaissance et leur malaise face à cette revendication, l’ont quand même appuyé, en espérant qu’un jour vous nous invitiez à dialoguer avec vous sur cette question.

Irène Demczuk
pour le comité pour la reconnaissance des lesbiennes

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