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Côté, Andrée; Léveillée, Suzanne; McAll, Christopher; Côté, Denise; Lamarche, Lucie. Violence conjugale : luttes de femmes et modernité, Montréal : Escale pour Elle, 2002, 104 p.

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À propos du document
«Violence conjugale : luttes de femmes et modernité»

À l'origine de cette publication,
une invitation
un désir de faire plus
une pédagogie
des contenus riches en perspectives

Cette publication est le fruit d'une démarche qui a réuni, les 23 et 24 avril 2001, à Montréal, un peu plus d'une centaine de femmes issues des maisons d'hébergement pour femmes victimes de violence conjugale, des milieux institutionnels et universitaires autour de cinq conférencières et conférencier invité-e-s à appréhender des éléments particuliers d'une problématique dont ils ne sont pas les spécialistes, à partir de leurs champs de spécialisation respectifs.

Ce qu'avaient en commun les participantes : une action portant sur la violence conjugale, une expertise en la matière et un intérêt certain pour la perspective féministe d'intervention. Ce qui les réunissait : le désir de questionner la réalité sociologique et politique à partir de laquelle trouve son expression et se manifeste la violence conjugale.

Un désir de faire plus

En effet, nous faisions, en milieu d'hébergement, le constat -- et nous prenons toujours le risque de cette hypothèse -- que plutôt que de se résorber, le phénomène de la violence conjugale semble se développer ou, à tout le moins, présenter des conséquences plus nombreuses et peut-être même plus graves, à long terme, pour les femmes et les enfants qui en sont victimes. C'est pourquoi nous sentions le besoin d'aller au-delà des données théoriques connues sur cette problématique sociale, données qui, par ailleurs, apportent de justes explications du phénomène puisqu'elles ont orienté et orientent encore nos pratiques d'intervention en maison d'hébergement. Mais, comme cette pratique nous confronte quotidiennement avec toujours plus de souffrance, de détresse, d'impuissance, de misère -- sociale, affective, psychologique, économique -- de femmes et d'enfants qui retournent dans leur vie, après un hébergement, dans des embarcations de fortune -- saluons ici leur courage ! -- il nous arrive souvent de nous demander ce que nous aurions pu faire de plus, comment et de quelle façon ?

Une pédagogie

Pour nous aider à mieux saisir l'actuelle réalité sociologique, afin d'enrichir notre compréhension de la violence conjugale et de revisiter les principes de l'analyse et de l'intervention féministe, nous avons demandé à cinq conférencières et conférencier, issus de champs variés de spécialisation, de bien vouloir se prêter à l'exercice suivant: des questions relatives au phénomène de la violence conjugale leur étaient adressées sans quelles et il ne soient tenus d'y répondre dune manière spécifique, mais il leur était demandé de s'en inspirer. On retrouvera donc, à l'intérieur de ces pages, leurs réflexions en première partie de leurs présentations, dans la section « conférence », marquée, au haut de chaque page par un rectangle noir. À la suite de chacune des conférences, les participantes se regroupaient en « collectifs de réflexion » et elles avaient comme tâche d'élaborer un certain nombre de questions destinées à la conférencière du moment, après avoir fait l'objet d'une cueillette et d'une sélection par l'animatrice et ses aides. Ces questions ainsi que les réponses auxquelles elles ont donné lieu apparaissent à la section « Questions et commentaires » , identifiée par un carré noir au haut des pages de cette section.

Ce qu'on peut lire à la section « Table ronde », marquée au haut de chacune de ses pages par un demi-cercle noir, provient de ce qui a été dit lors de la session plénière finale intitulée « Table ronde », au cours de laquelle il était demandé aux conférencières et conférencier de faire une synthèse de ce qu'ils avaient entendu et de faire ressortir, pour notre plus grande satisfaction, les pistes d'action et de réflexion quils jugeaient pertinentes aux fins de cet exercice. Cette partie de leur prestation finale est insérée immédiatement après la partie « Questions et commentaires » pour permettre une meilleure intégration des contenus et messages livrés par chaque conférencière. Quant au chapitre intitulé « Table ronde, la parole est à vous » , il clôt la session plénière avec les impressions et commentaires de plusieurs participantes et les dernières recommandations des conférencières et conférencier.

Des contenus riches en perspectives

Ainsi celles-ci et celui-ci ont abordé un ensemble de thèmes variés et complémentaires d'une grande richesse, que la seule lecture du présent document n'épuisera pas. Avec Andrée Côté, nous explorons les enjeux relatifs à la judiciarisation de la violence conjugale et à la nécessité de penser des alternatives à la solution carcérale dans une perspective collective et communautaire. Tout au long de sa présentation, elle fait ressortir l'importance de ne pas réduire la réalité des femmes à une question individuelle et, à l'aide de nombreux exemples, elle fait ressortir la nécessité de toujours prendre en compte leur réalité sociale. Dans un tout autre ordre d'idée, Suzanne Léveillée tente de nous sensibiliser à la nécessité de tenir compte de la dimension psychologique pour certaines catégories, ou sous-groupes, de femmes plus vulnérables parce que plus démunies psychologiquement pour faire face à la séparation.

Quant à Christopher McAll, il nous amène à voir, au fil des recherches qu'il a faites sur les femmes et la pauvreté, comment les rapports sociaux peuvent être générateurs de pauvreté et l'importance de changer le regard que nous portons sur les personnes pauvres, regard qui, entre autres, modulerait notre façon d'intervenir auprès d'elles. Il fait aussi le constat suivant que l'attitude associée à la violence conjugale, faite de mépris et de contrôle, est aussi présente, à différents niveaux, dans un certain nombre de rapports sociaux auxquels sont confrontées les femmes vivant dans la pauvreté.

Denyse Côté, quant à elle, trace un bilan de l'évolution de la famille et, principalement, de l'évolution des rôles sexuels et des représentations auxquelles ils ont donné lieu. Ainsi apprendra-t-on que de nouvelles inégalités se construisent à travers l'évolution de ces représentations et à même la conception libérale d'équité en matière de garde. Aussi, affirme-t-elle avec force que toute velléité de garde partagée en contexte de violence conjugale est une utopie et doit être complètement mise de côté.

Avec Lucie Lamarche, nous sommes transportées au coeur des grandes stratégies mises de l'avant dans le contexte de la mondialisation et des accords de commerce internationaux. Elle nous invite à remettre la problématique des violences faites aux femmes à sa place dans ce vaste échiquier où l'on apprend que l'éradication de ces violences contre les femmes sert d'abord des intérêts économiques. Aussi, est-il important d'identifier les violences exercées à l'endroit des femmes comme des violations de leurs droits humains et économiques fondamentaux et leur éradication comme étant d'abord et avant tout un préalable à l'exercice de leur citoyenneté.

Nous vous invitions donc à lire les textes qui suivent en ayant à l'esprit que leur production et leur publication n'ont pas pour but de répondre à des questions concernant explicitement la violence conjugale, mais qu'ils ont plutôt pour fonction d'éclairer le contexte socio-politique et économique dans lequel elle se manifeste et se développe. Nous voulons permettre qu'ils puissent ainsi enrichir la compréhension que nous en avons et servir de guide à nos actions, ceci afin de mieux la contrer.

France Dupuis
L'Escale pour Elle (Montréal)

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